—Il me regrette! murmura Clémence quand elle fut rentrée, j'en étais bien sûre, moi!—Quand il verra que je me souviens encore de lui, il reviendra;—c'est l'amour-propre qui l'aura empêché de revenir plus tôt... il ne voulait point faire le premier pas... tous les hommes sont orgueilleux....
Et Clémence se mit à chanter d'une voix souvent interrompue par une toux douloureuse la jolie chanson:
«Rosine à moi revient fidèle.»
Seulement, sans s'inquiéter de la mutilation qu'elle faisait subir au vers, elle y substitua le nom de Théodore.
Vers le milieu de la journée,—heure à laquelle elle savait l'étudiant libre,—Clémence fit une jolie toilette. Elle soigna surtout ses mains, qu'elle avait du moins su préserver des engelures.
—Ah! disait-elle en les regardant, elles ne sont pas trop rouges aujourd'hui. Et elle attendit.
Or, pendant qu'elle attendait, la nouvelle maîtresse de Théodore, qui en ce moment était seule chez l'étudiant, recevait l'envoi de Clémence. Mademoiselle Coralie, qui était une personne rusée, devina de suite que ces cadeaux venaient d'une femme, et en voyant le C qui était brodé sur la bourse avec un T, elle pensa que cette femme devait être Clémence,—qu'elle avait du reste connue.
—Elle veut revenir. C'est bon, dit Coralie. Je sais ce que j'ai à faire.
Et elle se mit à machiner tout bas une de ces vengeances doublées de fourberie,—comme savent en trouver les femmes qui ont une rivale en face de leur amour ou de leur vanité.
Une heure après Théodore entra. En l'entendant monter, Coralie s'était cachée derrière les rideaux de l'alcôve, après avoir eu soin de laisser en évidence le bouquet et la bourse, pour qu'ils tombassent d'abord sous les yeux de Théodore,—ce qui arriva.