—Tiens, fit le jeune homme étonné, qu'est-ce que c'est que ça?
—Quoi, tu ne le devines pas? s'écria Coralie en venant lui sauter au cou; quel jour sommes-nous aujourd'hui? Théodore songea à sa fête.
—Comment, c'est toi?... tu t'es souvenue, dit-il en regardant sa maîtresse, qui ne baissa pas les yeux.
—Et qui donc veux-tu que ce soit? fit-elle.
—Allons, se dit Théodore en lui-même, je ne pouvais pas manquer d'avoir une bourse, cette pauvre Clémence m'en avait promis une. Mais, demanda-t-il à Coralie, quand donc as-tu fait cela?
—Eh bien donc, et ma surprise? répondit Coralie. J'ai fait la bourse pendant la nuit—quand tu dormais. J'ai eu joliment froid va.... Regarde donc... il y a un C et un T... nos deux noms....
—Pauvre chérie... dit Théodore.... Elle est charmante, ta bourse.... Je veux que tu l'étrennes ce soir au bal.... Tiens, voilà pour la garnir.... Et comme il venait de recevoir sa pension, Théodore donna à Coralie une belle pièce d'or....
—Ah! pensa celle-ci en prenant les vingt francs, j'ai une fière idée.... En effet, le cerveau de cette fille, qui était une fine mécanique à perfidie, venait d'inventer quelque chose de bien noir sans doute, car les yeux de Coralie brillèrent d'un éclat extraordinaire.... Oh! la bonne idée, fit-elle encore tout bas.—La vipère se réjouissait de son abondance de venin.
Cependant Clémence attendait toujours... à minuit elle attendait encore... À une heure du matin, n'y pouvant plus tenir, elle se décida à aller au bal de l'Opéra,—où on lui avait dit qu'elle trouverait Théodore. Elle voulait le voir... il fallait qu'elle le vît....
Elle prit un peu d'argent—le reste de ses économies—et sortit pour aller louer un domino. Comme elle passait devant la loge du portier, celui-ci l'appela.