Et il passa dans une chambre voisine, laissant Octave tout stupéfait.
En attendant le retour de son hôte, Octave examina la pièce où il se trouvait. C'était un petit salon tendu de papier de couleur gaie et garni de meubles d'un autre âge. Les fauteuils, dont les housses étaient enlevées, racontaient de galantes histoires et des bergeries dans le style de Boucher et de Watteau: bergers et bergères, chaumières fleuries, troupeaux enrubannés, Colins et Colettes, tout le monde charmant de la pastorale. Au-dessus d'une petite glace au cadre historié qui se trouvait posée sur la cheminée, on voyait dans un autre cadre un parchemin jauni sur lequel était apposé le grand sceau de l'empire: c'était un brevet de chevalier de la légion d'honneur. Au-dessous étincelait la croix, attachée à un bout de ruban. À côté de la croix, des épaulettes de laine noircies par la fumée de la poudre, et, pour compléter ce trophée, un sabre d'honneur dont la lame avait brillé au soleil des grandes batailles impériales. Aux murailles étaient accrochés quelques tableaux, ou plutôt de simples lithographies coloriées, dont les sujets étaient empruntés à des histoires d'amour d'une littérature qui florissait jadis au bruit du canon. Le parquet de ce petit salon était recouvert d'une assez belle tapisserie représentant l'enlèvement d'Hélène.
Au bout d'un quart d'heure d'absence,—et comme Octave avait achevé son examen,—le vieux voisin entra dans le salon. Comme il en avait prévenu Octave, celui-ci ne le reconnut pas sur-le-champ, tant il était changé.
Le vieux voisin avait un costume d'il y a soixante ans: c'était un habit complet de paysan endimanché.
La veste en surcot marron, culotte en velours olive, gilet de basin,—laissant voir une chemise à petits plis, agrafée au col par un anneau d'argent; cravate à pointes brodées, des breloques en graines d'Amérique battant sur le ventre, des bas chinés et des souliers à boucles;—un gros bouquet comme en ont les mariés de campagne était attaché à la veste.
Il s'avança en souriant et d'un air leste vers Octave, qui était au comble de l'étonnement.
—Ah! ah! fit-il, vous ne me reconnaissez pas. Je vous l'avais bien dit; ça me fait plaisir tout de même. C'est l'habit de ma jeunesse, voyez-vous. Je ne le mets plus qu'une fois par an, au jour de ma naissance. Ça vous fait rire!... Ah! jeune homme... quand je mets cet habit-là, voyez-vous, il me semble que je change de peau... et que mes cheveux redeviennent blonds.
Et comme il disait ces paroles, ses gestes, son accent, son regard,—tout cela n'avait que vingt ans.
Octave ne comprenait rien à cette métamorphose subite.
—Allons, dit le vieillard... passons dans la salle à manger; tout est prêt, la table est mise, et nous n'aurons point à nous déranger. Je me sers moi-même, mon jeune ami. Autrefois j'avais une servante jeune et jolie; c'était la fille d'une pauvre femme; mais on jasait dans la maison, et quand on rencontrait ma domestique, on lui chantait sur l'escalier: