—Elle est charmante, dit le vieillard. Et, s'approchant de la jeune fille, qui paraissait être venue seule au bal, le bonhomme Jadis ôta son petit chapeau rond, se ploya en deux comme un arc, et enchâssa son invitation dans un compliment qui avait une tournure tout à fait galante.
La jeune fille leva les yeux sur ce cavalier singulier, et ne put s'empêcher de sourire en voyant le costume du vieux bonhomme, qui ressemblait à un Colin d'opéra-comique.
—Mais, monsieur, répondit-elle d'une voix douce, je ne sais pas danser.
—Vous ne savez pas danser!... fit le bonhomme. Ah! ciel! c'est prodigieux... mais moi, j'ai su danser avant de savoir lire.
—Du moins, je ne sais pas danser comme on danse aujourd'hui, répondit la jeune fille.
—Oh! ni moi... répliqua le vieillard, ni moi.... On va un peu plus loin, en effet, aujourd'hui... ce sont presque des tours de force.... Cependant je n'ai pas oublié les figures... dit-il; et sur cet air qu'on joue en ce moment, je suis sûr de me tirer d'affaire.... Si vous voulez que nous essayions... fit le bonhomme Jadis en revenant à la charge.
—Oh! non merci, monsieur... dit la demoiselle. Je ne suis pas venue dans l'intention de danser. Je suis entrée ici par curiosité... un moment... parce que c'était sur mon chemin.... Je n'ai pas l'habitude d'aller au bal.... Merci....
—Cependant... fit le bonhomme en insistant, sur cet air-là, qui est si joli... Écoutez-donc... Tra deri, deri dera. Hein! Comme c'est gai... deri, dera.... Ça ne vous donne pas envie? ajouta-t-il en battant fort prestement un entrechat.
—Merci, monsieur, merci, répondit la jeune fille en se cachant la figure pour ne pas rire.—D'ailleurs il va pleuvoir, dit-elle.
En effet, le ciel s'était chargé, l'air était lourd, le ciel se coupait d'éclairs par intervalles; et le quadrille était à peine commencé, qu'une grosse pluie vint disperser les danseurs, qui se réfugièrent dans le café, où il n'y eut bientôt plus assez de place.