Pendant le dialogue de son vieux voisin avec la jeune fille, Octave s'était tenu à quelque distance. Mais quand l'orage avait éclaté, il s'approcha du bonhomme Jadis et lui dit:
—Il faut nous retirer. Il est tard, d'ailleurs.
—Où diable voulez-vous que nous allions, dit le vieillard, par ce temps affreux? Un vrai déluge! Il faut entrer quelque part... prendre quelque chose. Nous ne pouvons pas rester là. Voilà déjà que je ressemble à une éponge...—Ah! mon dieu! fit-il en se retournant vers la jeune fille.... Mais vous, mademoiselle, vous ne pouvez pas rester dehors.... Vous allez gâter votre jolie toilette. Venez avec nous vous mettre un instant à l'abri.
—Merci, monsieur, dit-elle, je vais m'en aller... je prendrai une voiture... je ne demeure pas loin d'ailleurs, rue Rochechouart... c'est à côté....
Et, mal abritée sous un petit acacia faisant dôme, elle regardait tristement la pluie qui commençait à mouiller sa robe.
—Rue Rochechouart, dit le bonhomme Jadis, mais alors nous sommes voisins, mademoiselle.—Monsieur, fit-il en montrant Octave, qui ne levait pas les yeux, et moi, nous habitons rue de la Tour-d'Auvergne, numéro....
—Tiens, fit la jeune fille, nos maisons se touchent... moi j'habite le pensionnat de demoiselles....
—Ah! fit Octave en levant les yeux. J'ai une fenêtre qui donne sur le jardin.
—Eh bien, c'est ça! fit le bonhomme Jadis, nous sommes tous voisins.... Alors mademoiselle n'a plus de raisons pour refuser de se mettre avec nous à l'abri; nous attendrons la fin du mauvais temps, et nous reconduirons mademoiselle; il sera un peu tard... comme elle est seule....
—En effet... ce serait plus prudent... dit Octave. La jeune fille garda le silence. Le bonhomme Jadis regarda les deux jeunes gens; un sourire courut sur ses lèvres, et il chantonna tout bas le refrain de son vieil ami: Tra deri, dera, dera.