—Allons, dit Urbain, il n'y a rien à faire.
Un cabriolet passait. Urbain appela le cocher, lui paya sa course d'avance, lui donna l'adresse d'Olivier, qui sanglotait comme une fille, et fit monter celui-ci dans la voiture.
—Il est malade, le bourgeois, dit le cocher, il pleure.
—Il est ivre, dit Urbain.
—Ah! oui, il sue son boire par les yeux, moi j'ai pas le vin tendre. Hue, la blonde! ajouta le cocher, en allongeant un coup de fouet à sa rosse.
[II]
Pendant la course Olivier retrouva graduellement un peu de calme. En arrivant chez lui il alla dire bonsoir à son père, qui le reçut fort mal. Puis il monta dans sa chambre. Sans même songer à fermer la fenêtre, par où soufflait une bise aiguë dont les baisers, qui pouvaient être des caresses mortelles, glissaient sur son front humide d'une sueur brûlante, Olivier s'assit près d'une table, la tête posée entre ses mains.
Avez-vous vu dans un hôpital faire à un homme l'amputation d'un membre? On étend le malade sur une haute table recouverte d'un drap blanc. Tout autour se rangent le chirurgien et les élèves, qui, en les tirant de la trousse, font cliqueter l'arsenal des instruments de chirurgie. À ce bruit sinistre le sujet détourne la tête, épouvanté comme un cerf qui entend l'aboi des chiens prêts à le déchirer. Sur le seuil de la salle, les autres malades de l'hôpital viennent voir comme cela se joue. Le chirurgien retrousse le parement de son habit, choisit un joli instrument à manche d'ivoire ou de nacre, et, s'il est habile, fend d'un seul coup l'épiderme. Une rosée pourpre vient tacher le drap. L'opération est commencée. Le patient crie; ce n'est rien encore. Voici tous les bistouris, tous les couteaux et les scalpels, toute la meute de fer et d'acier qui se précipite à la curée et ouvre dans la chair une brèche sanglante au passage de la scie qui s'en va mordre l'os. Le chirurgien continue son exécution; et, si c'est un jour de clinique, tâche de se distinguer, comme un musicien qui joue un solo dans un concert à son bénéfice. Le patient hurle plus fort, la scie a entamé l'os. Pendant ce temps-là, et tout en préparant les ligatures et les tampons pour étancher le sang, les élèves rient et causent entre eux de l'actrice en vogue et de la pièce sifflée. Cependant le patient pousse un cri suprême: la scie a donné son dernier coup de dent; et le membre, détaché du tronc, tombe dans une mare de sang.
Le chirurgien essuie ses outils, lave ses mains, rabat les manches de son habit, et dit au malade: