—Marie n'a point reçu ta lettre; mais au moment où tu lui écrivais elle nous écrivait aussi; au moment où tu voulais mourir, comme toi elle tentait le suicide... et comme toi elle n'est point morte, ajouta Urbain avec vivacité.

—Oh! dit Olivier dans un mouvement de joie égoïste, Marie a voulu mourir parce qu'elle me croyait mort... elle n'avait pas cessé de m'aimer alors... et tu as menti. Ô Marie! ma pauvre Marie! Je lui pardonne... je l'embrasserai encore... je la reverrai... je l'entendrai. As-tu remarqué, Urbain, as-tu remarqué avec quelle douceur elle dit certains mots... mon ami, par exemple... et vois-tu?... C'est bien peu de chose, ces deux mots-là... pourtant, mon ami, vois-tu!... ô douce musique de la voix aimée!... ô Marie! ma pauvre Marie!...

—Je t'ai dit, reprit tranquillement Urbain, que Marie n'avait point reçu ta lettre.

—Mais pourquoi ne la lui as-tu pas remise, toi?...

—Parce que je n'ai point revu Marie depuis le moment où je t'ai quitté, avant-hier soir, place Saint-Sulpice.

—Comment cela? demanda Olivier. Elle n'est donc point rentrée chez toi?

—Elle y est rentrée, dit Urbain. J'avais loué sur le même carré où était mon atelier une chambre toute meublée, c'est là qu'elle habitait.

—Seule? dit Olivier.

—C'est là qu'elle habitait, continua Urbain. C'est là qu'on est venu l'arrêter au moment où elle rentrait après nous avoir quittés tous les deux sur la place Saint-Sulpice. Je te disais bien, Olivier, qu'il était dangereux pour elle de sortir.... Malgré la précaution que j'avais eue de la vêtir en homme, elle a été reconnue sans doute par les gens qui l'épiaient.

Enfin, quand je suis rentré, j'ai trouvé la chambre vide et sur la table cette lettre qu'on lui avait permis d'écrire avant de l'emmener. La voici. Et Urbain tendit à Olivier la lettre de Marie. Elle était écrite sur du papier et avec du crayon à dessin.