—Pourquoi ne plus nous revoir? dit Olivier avec un sourire mélancolique; et, tendant la main à Urbain, il ajouta: Il faut bien que je te revoie... à qui donc veux-tu que je parle d'ELLE?
Comme Urbain sortait de chez Olivier, le père de celui-ci y rentrait. Resté sur le carré, l'oreille collée à la porte, il avait entendu tout l'entretien des deux jeunes gens. Il se doutait bien que la tentative de suicide faite par son fils avait sa source dans quelque amourette contrariée. Mais en apprenant que sa maîtresse était en état d'arrestation, il craignit que les relations d'Olivier avec cette femme n'eussent des suites compromettantes. Sans aucun préambule conciliateur, il aborda la discussion avec une violente colère, que le calme d'Olivier ne fit qu'irriter. Il fut impitoyable pour son fils, et plus impitoyable encore pour la maîtresse de celui-ci, qu'il traita de femme perdue.
Trahi par cette femme, pour laquelle il avait frappé aux portes de la mort, Olivier ne put l'entendre injurier par son père; celui-ci avait été sans pitié, Olivier fut sans respect. Cette scène horrible se prolongea deux heures. Elle se termina par cette épouvantable accusation que le fils en délire jeta au visage du père en courroux:
—Vous avez été le bourreau de ma mère, morte lentement sous vos colères.
—Malheureux! s'écria son père, en levant sa main, qu'il laissa aussitôt retomber.
—Si je suis sacrilège, que Dieu vous venge! répondit Olivier.
—Retire les affreuses paroles que tu viens de dire, reprit son père.
—Retirez les injures que vous avez jetées à Marie, à une femme malheureuse, mourante peut-être en ce moment.
—Cette femme est une misérable, elle te perdra.
—Ma mère est morte de chagrin, dit Olivier avec un regard sinistre. Encore une fois, si j'ai menti, qu'elle me maudisse, et si je dis vrai qu'elle vous pardonne!