Le père était blanc de fureur; et comme il venait d'apercevoir sur la cheminée, parmi les souvenirs que Marie avait donnés à Olivier, un portrait d'elle au daguerréotype, il le prit et s'écria:

—La voilà donc la créature pour qui tu m'insultes, malheureux!

Et jetant le portrait à terre, il l'écrasa sous son pied.

—Mon père, dit Olivier en se dressant sur son lit et en étendant sa main vers la porte, pas un mot de plus... sortez.

—Pourquoi n'est-ce pas elle que j'ai là sous mon pied? continuait le père en écrasant les morceaux déjà brisés du portrait.

Il n'avait pas achevé, que son fils était debout devant lui, terrible, l'œil hagard, la voix étranglée.

—Mon père, murmura-t-il en paroles hachées par le claquement de ses dents... vous voyez bien cette arme... et il montrait un petit pistolet, dit coup de poing, qu'il venait de décrocher du mur, vous voyez cette arme... je n'ai pas osé m'en servir hier quand je voulais mourir... j'ai préféré le poison, qui ne fait pas de bruit....

—Après? lui dit son père froidement, en portant la main sur les autres souvenirs de Marie.

—Après? continua Olivier... qui armait son pistolet.... Si vous dites un mot de plus sur Marie... si vous touchez à ces choses qui lui ont appartenu, eh bien, mon père, je me brûle la cervelle devant vous... et ceux qui vous connaissent diront ceci: «Il avait mis vingt ans à tuer la mère... mais il a tué le fils d'un seul coup.»

Son père le regarda un moment... et saisissant rapidement parmi les souvenirs un petit bouquet de fleurs fanées, il le jeta à terre....