—Sans doute, répondit tranquillement le père.
Lazare et les autres artistes ayant appris la maladie d'Olivier étaient accourus, et se relayaient pour venir auprès de lui la nuit. Urbain était désespéré; il avait raconté au médecin l'histoire d'Olivier et de Marie, la part qu'il y avait eue, et le long désespoir dont son ami avait été atteint quand il s'était trouvé séparé de sa maîtresse.
—Dès qu'il sera un peu mieux, dit le médecin, il faudra le retirer de cette chambre et l'éloigner de tout ce qui pourrait lui rappeler cette femme. Au bout d'une dizaine de jours le délire devint moins fréquent. On transporta Olivier au logement de Lazare, situé près de la maison d'Urbain. Les Buveurs d'eau mirent leur habitation sens dessus dessous pour laisser une chambre libre au malade. Enfin le médecin commença à donner des espérances. D'après les conseils de Lazare, Urbain avait cessé de venir dès l'époque où Olivier avait commencé à retrouver un peu de raison. Quand Olivier, hors de danger, demanda après lui, Lazare répondit qu'Urbain était en voyage. Cependant avec la vie le souvenir de Marie commençait à renaître dans le cœur d'Olivier; mais ce souvenir n'était déjà plus la douleur ni le désespoir, c'était la mélancolie, muse rêveuse et caressante. La convalescence d'Olivier, hâtée par les soins fraternels de ses amis, fut entourée de toutes les distractions qui pouvaient éloigner son cœur d'une rechute. Enfin le jour de la première sortie arriva. C'était au commencement de mars; Lazare et Valentin conduisirent Olivier dans le jardin du Luxembourg. Des chœurs d'oiseaux, perchés dans les arbres verdissants, récitaient le prologue de la saison nouvelle, dont ce beau jour était comme le premier sourire.
En ce moment, à quelques pas du banc où ils étaient assis, un jeune homme passait avec une jeune femme, se tenant par le bras et riant tout haut. Leurs éclats de rire firent tourner la tête à Olivier. Avant que Lazare et Valentin eussent eu le temps de le retenir, il s'était levé de son banc et avait couru après Urbain.
—Olivier! s'écria Urbain en reconnaissant son ancien ami; et sur un signe que lui fit Lazare il ajouta: Je suis arrivé de voyage seulement hier: je devais aller te voir... mais je savais de tes nouvelles.
La compagne d'Urbain s'était retirée un peu à l'écart.
—Et Marie? demanda Olivier, dont le cœur avait tout d'abord tremblé en rencontrant le peintre son ami avec une femme.
—Mais, dit Urbain, j'ai été absent de Paris. D'ailleurs je ne m'en suis point inquiété. J'ai l'oubli prompt. Voici qui doit te le prouver, ajouta Urbain en montrant du doigt la jeune femme qui était avec lui.
—Oh! fit Olivier avec un éclair de regard qui trahissait la joie intérieure, j'étais bien sûr que tu ne l'aimais pas.
—Celle-là aussi s'appelle Marie, dit Urbain en indiquant sa nouvelle maîtresse, et je l'aime beaucoup depuis hier. Marie est morte, Vive Marie!