E belhs siegs dig, sieg fag e siey semblan,
Vuelh mas coblas movon totas en belh.
(Guill. de Saint-Didier.)
LA TENSON
La tenson était une pièce de vers, ou scène dramatique, dans laquelle les interlocuteurs défendaient tour à tour, par couplets de même mesure et en rimes semblables, des opinions contradictoires sur la question à discuter. Ce qui donnait à la tenson un certain intérêt, c’était de voir un poète attaqué relever le gant de la discussion et improviser sa réponse en vers. Le juge du combat décernait une couronne au vainqueur. Ces jeux poétiques étaient assez répandus, et on ne peut s’empêcher d’admirer la richesse et la fécondité de la langue Provençale qui fournissait pour ainsi dire soudainement les plus gracieuses ressources pour le développement d’une idée. Cependant la tenson n’était pas toujours improvisée, nombre de poètes la composaient d’avance, se préparant ainsi à eux-mêmes d’ingénieuses réponses où ils faisaient montre de leur savoir et de leur esprit. Il arrivait même quelquefois qu’un Troubadour érudit composait une tenson en plusieurs langues; en voici un exemple:
TENSON DE RAMBAUD DE VAQUEIRAS, ENTRE LUI ET UNE DAME GÉNOISE[71]
RAMBAUD
Donna[72], tan vos ai pregada,
Sinz platz qu’amas mi voillatz;
Qu’en sui vostr’ endomniatz,