Sozo, mazo, escalvado,

Ni ja voi non amarò,

Qu’ech un bello mariò

Que voi no se ben lo sò,

Andai via, frar’, en tempo.

Meillerado, etc., etc....

On voit par la réponse de la dame génoise que Rambaud fut peu écouté et assez malmené. Si c’est là un fait historique relatif à sa vie aventurière et amoureuse, il faut avouer que ce Troubadour, qui n’a pas craint de consigner sur ses tablettes cette mésaventure galante, était d’une véracité peu commune, puisqu’il ne s’en départait pas même quant aux circonstances de sa vie privée qui auraient pu blesser son amour-propre.

LE SIRVENTE

Le sirvente était une pièce satirique dans laquelle les Troubadours critiquaient les vices des hommes et des choses de leur temps. C’est en étudiant les sirventes des XIIe, XIIIe, XIVe siècles que l’on peut se faire l’idée la plus exacte de l’histoire de cette époque. Le plus célèbre parmi les Troubadours qui ont abordé ce genre est, sans contredit, Pierre Cardinal, surnommé le roi du Sirvente, le Juvénal du moyen âge français. Aucun ne mania le sarcasme, ne poursuivit le vice avec une verve plus implacable. Sa vie, qui fut très longue, ne fut qu’un combat sans trêve contre les méchants. Hardi et courageux, il n’épargne personne; il attaque également le clergé, la noblesse, les grands comme le peuple. Inutile d’ajouter que ses ennemis étaient nombreux et qu’il fut persécuté, chassé, emprisonné, sans être dompté. C’est sans doute dans un jour de colère qu’il composa le sirvente suivant, qui peut servir d’exemple:

AYSSI COMENSA LA GESTA DE FRA P. CARDINAL