Ce peu de vers permet d’attribuer à l’auteur, comme premier mérite, une grande facilité d’exposition. Ses personnages manient finement l’ironie et, sous des dehors très simples, donnent une idée assez exacte de ce qu’étaient ces diseurs de bonne aventure. Les noëls de Puech, réunis à ceux de Saboly, peuvent passer pour les meilleurs du recueil. D’Argens et Lamétrie avaient obtenu beaucoup de succès à la cour du Grand Frédéric, en chantant en petit comité celui dont nous avons transcrit le commencement. Puech, qui s’est borné à le traduire des Bohémiens de Lope de Vega, a passé pour en être l’auteur.

Pour le XVIIIe siècle, les fables de Gros seraient toutes à citer. En voici une, peu connue, dans laquelle le fabuliste marseillais ne le cède en rien à l’immortel La Fontaine. Esprit d’observation, langage imagé, excellente exposition du sujet et morale ou conclusion, tout y concourt à mettre l’auteur au rang des premiers poètes provençaux de cette époque[90].

LEIS RATOS ET LOU FLASCOU

Dous ratouns, bouens amis, esten per orto un jour

Dins seis galaries ourdinaris,

Que soun granies, estagiero armaris,

Troboun un flascoulet tapa, qu’a soun oudour

Jugeoun plen d’oli fin; velei vaquitos en foesto;

Si delegoun, fan tour sur tour,

Et de l’abasima d’abor li ven en testo.