La réunion à la monarchie française des anciennes provinces du Midi devait, comme dans la Provence proprement dite, amener la corruption de la langue romane. Dans la Guyenne, la Gascogne, le Roussillon, l’Auvergne, le Dauphiné et même dans quelques pays au-delà de la Loire, l’altération du langage vulgaire donna naissance aux patois, encore en usage aujourd’hui, modifiés, il est vrai, mais conservant malgré tout l’empreinte de leur origine, du Roman. Il est évident que leur orthographe et leur prononciation changent suivant les pays, se rapprochant davantage de l’ancienne langue Romane au fur et à mesure que l’on descend vers le Midi, son berceau. C’est ainsi que le même mot, dans la bouche ou sous la plume d’un Marseillais, d’un Auvergnat, d’un Poitevin ou d’un Bourguignon, aura toujours le même sens, mais le plus souvent un son et une forme différents. Un travail de classement des patois fut entrepris, en 1807, par le Ministère de l’Intérieur et continué par la Société des Antiquaires de France, qui en a consigné les résultats dans le sixième volume de ses mémoires. Faire ici l’histoire de tous les patois serait dépasser le but de cet ouvrage; nous nous bornerons à donner de chacun d’eux quelques notions et quelques morceaux, afin de démontrer leur affinité avec le Roman.
La prononciation des dialectes poitevin et vendéen est généralement lente, monotone et accentuée. L’o change de son suivant le mot. Dans homme, il se prononce houme; dans non, naon. Le t se fait sentir à la fin des mots, ainsi qu’à Toulouse et à Montpellier; sitôt se prononce sitote. Le k et l’y au commencement d’un mot font tch: kian (celui-ci) fait tchian, comme en italien. Le gli s’élide également, comme dans cette langue; ainsi un gland ou un gliand se prononce liand, le g étant presque insensible et l’l mouillé. Eau à la fin d’un mot fait à ou eâ; chapeau, chapeâ; couteau, couteâ. Er à l’infinitif d’un verbe se prononce aé; aimer, aimâer; souffler, bouffàer; a eu, passé indéfini du verbe avoir, se dit at ogu; quant aux mots dérivant des sources méridionales, ils sont nombreux; en voici quelques-uns, comme exemples:
| Ajudhaer | Aider. |
| Bagoulaer | Babiller. |
| Boutre | Mettre, placer. |
| Buffaer | Souffler. |
| Casse | Petite casserole. |
| Jau | Coq. |
| Jarloux | Pot. |
| Mitan | Milieu. |
| Méjor | Midi. |
| Ou avez? | Avez-vous? |
| Sègre | Suivre, etc., etc. |
Voici une chanson vendéenne, consignée dans les Mémoires de l’Académie celtique[91], qui donne une idée du patois de la Vendée. A part quelques mots français, on reconnaîtra facilement les mots romans, à côté d’autres qui ont subi une plus ou moins grande altération.
CHANSON VENDÉENNE[92]
Un jor in hobant de Nuville
M’en vindis de vers Poitâe
Glie disant que dans kiae cartâe
Ol y at ine taut belle ville,
I n’ai-jà vu la ville mâe,