Le Maire de Maillane,
Laville.
Ce chapitre serait incomplet, si nous ne donnions la nomenclature des Capouliés ou Grands Maîtres du Félibrige de Provence.
Le premier en date fut Mistral; vinrent ensuite Roumanille et Félix Gras. Ce dernier, qu’une mort imprévue vient d’enlever à l’affection de tous, a eu pour successeur M. Pierre Devoluy. Le nouveau Capoulié, capitaine du génie, fait partie de cette série de poètes-soldats, comme Florian, La Tour d’Auvergne et les anciens troubadours, qui, la plume sur l’oreille et l’épée à la main, s’élançaient à l’assaut des forteresses sarrasines et contaient ensuite les prouesses des croisés en des dithyrambes qui les ont illustrés.
Arles: Cloître de Saint-Trophime. [↔]
C’est à Arles la Romaine qu’a eu lieu l’élection, sous la présidence de F. Mistral. Les concurrents de l’élu étaient au nombre de cinq, et tous avaient des titres sérieux à cette distinction; c’étaient MM. Arnavielle, le baron Guilibert, Astruc, de Berluc-Pérussis et Alphonse Tavan; les suffrages se portèrent sur M. Pierre Devoluy, qui n’en a triomphé qu’avec plus d’éclat.
Le nouveau Capoulié, de son vrai nom Pierre Groslong, est surtout connu dans le monde des lettres sous son pseudonyme Pierre Devoluy. Jeune, ardent, actif, le Félibrige, avec lui, entrera dans une période de travail pratique, et l’éclosion d’œuvres magnifiques devra marquer son passage au Capouliérat. Auteur de l’Histoire nationale de la Provence et du Midi, couronnée aux Jeux Floraux septennaux d’Arles en 1899, il avait donné précédemment, en 1892, toute une série de poèmes français, sous le titre de Bois ton sang.
Né en 1862, à Châtillon, dans la Drôme, le successeur du regretté Félix Gras appartient comme ce dernier à la grande famille républicaine. Son père, après le 2 décembre, fut enfermé, avec le père de Maurice Faure, dans la tour de Crest, de funeste mémoire. Plus tard, à l’Ecole Polytechnique, il se rencontra avec Cazemajou, qui devait mourir massacré dans cette malheureuse expédition de Binder, où le sang français rougit à nouveau cette mystérieuse terre d’Afrique. Cazemajou était Provençal et c’est dans leur dialecte natal que s’entretenaient les deux amis, prenant plaisir, devant les camarades du Nord, à renouveler par des plaisanteries cordiales ou des gamineries les luttes du temps de la fameuse croisade contre les Albigeois. Le sentiment littéraire, l’amour des lettres qui étaient innés chez le jeune polytechnicien ne firent que s’affirmer par la fréquentation d’un compatriote. Cazemajou lui rappelait la Provence, il lui apportait comme un reflet du pays natal. Aussi peut-on dire que cette liaison fut, pour le futur capitaine du génie, admirateur des œuvres de Mistral, la cause déterminante qui le fit s’engager dans cette voie de la poésie où les idées s’épanouissent comme des fleurs, où les sentiments sont l’expression la plus pure du cœur humain. Chose curieuse à constater: sa vocation se produisit dans le milieu le plus défavorable, dans une école qui, par son enseignement et le but de ses études, semblait l’atmosphère la moins propice à l’éclosion des germes poétiques. Les garnisons du Nord exercèrent un moment leur influence calmante sur le cerveau enfiévré de l’enfant du Midi; mais il suffit d’un retour vers la Côte d’Azur pour que son âme s’ouvrît comme une fleur au soleil de Provence.
A partir de ce moment, le Félibrige compta un membre de plus. Les études en prose et en vers qu’il publia alors, soit dans l’Aioli, soit dans diverses revues provençales, attirèrent sur lui l’attention des Majoraux et le signalèrent à leurs suffrages. Les félicitations que le Félibrige de Paris lui adressa lors de sa nomination et la réponse si chaude et si cordiale qui lui fut faite doivent resserrer le lien qui unit les deux Sociétés, comme deux sœurs marchant la main dans la main vers le même but et avec les mêmes sentiments. Pour obtenir cet heureux résultat, le nouveau Capoulié n’aura qu’à s’inspirer de l’exemple de son éminent prédécesseur, qui considéra les deux Sociétés comme deux forces dont l’union nécessaire doit amener la réalisation de nos vœux les plus chers pour notre beau pays et la gloire de la patrie française. Les Félibres de Paris, qui ont déjà pu apprécier les mérites de M. Pierre Devoluy et subi l’influence de son charme, ne lui ménageront ni leur concours ni leur sympathie.
Nous ne pourrions mieux terminer ce chapitre consacré au Félibrige de Provence qu’en citant comme un de ses plus dévoués collaborateurs le sympathique chancelier, Paul Mariéton, directeur de la Revue Félibréenne aujourd’hui si répandue et si estimée aussi bien à Paris que dans le Midi.