Photo Neurdein.
Plan de Belleforest.
CHAPITRE III
L’ART GOTHIQUE ET LA RENAISSANCE
LES MONUMENTS RELIGIEUX. — COUVENTS ET ÉGLISES
Caen du XIIe au XVIe siècle. — Les couvents. — Les paroisses des faubourgs. — Saint-Jean. — Saint-Etienne-Ie-Vieux. — Saint-Pierre. — Notre-Dame-de-Froide-Rue. — Saint-Sauveur-du-Marché.
La ville de Guillaume acheva de se constituer sous ses fils. Au cours des luttes entre Henri Ier, roi d’Angleterre et Robert Courteheuse, duc de Normandie, celui-ci réunit par le canal Robert, les deux bras de l’Orne: la grande Orne qui passe au pied des hauteurs de Vaucelles, la petite Orne qui vient baigner Saint-Pierre. Outre les faubourgs abbatiaux, le faubourg Saint-Julien, le faubourg de Vaucelles, Caen comprit alors deux grands quartiers: le grand bourg, et l’île Saint-Jean, entourés de leurs murailles, séparés l’un de l’autre par les prairies; l’île Saint-Jean reçut une enceinte fortifiée; mais la muraille et les deux tours que l’on voit encore aujourd’hui dans l’hôpital Saint-Louis et qui vont malheureusement disparaître, datent [p. 32] du XIVe siècle et ont été élevées après 1346, comme ce qui subsiste des murailles du Grand-Bourg.
La cité, après le triomphe des Plantagenets, devient presque une capitale. Située dans le voisinage de la mer, sur la route la plus directe pour aller de la Normandie en Anjou, en Poitou et en Gascogne, Caen est peut-être le véritable centre de l’empire angevin, Rouen occupant une position trop extérieure. Henri II et Jean sans Terre y résident à différentes reprises et y accomplissent des actes politiques importants; c’est l’un des sièges de l’Echiquier qui se tient au château dont le sénéchal de Normandie a la garde. De cette époque aussi date la prospérité commerciale due en partie au grand commerce des vins. En même temps apparaît la commune qui s’installe d’abord au Châtelet Saint-Pierre sur le pont qui jadis franchissait l’Orne, à l’endroit où est aujourd’hui la place Saint-Pierre.
En 1204, la ville subit le sort de la Normandie et passe sous la domination française. Les chroniqueurs nous apportent le témoignage de l’incontestable prospérité de Caen à l’époque de la conquête française. Au XIIIe siècle, les Caennais mènent une vie paisible, mais, comme plus tard, au XVIIIe siècle, dans une autre période de calme politique et de lutte contre l’hérésie, les établissements religieux se multiplient: collégiale du Saint Sépulcre en 1226, Cordeliers ou Frères Mineurs en 1234, Jacobins ou Dominicains en 1247, Carmes en 1278, Croisiers en 1275, Béguines dans la Franche-Rue, aujourd’hui rue des Croisiers. Les historiens de Caen en ont oublié; ils ont laissé de côté les Frères du Sac qui avaient leur établissement dans la rue Neuve-Saint-Jean et qui disparurent bien vite. Ces couvents s’installèrent dans les quartiers encore peu habités de Saint-Jean ou dans les terrains non enclos du nord de la ville, dans ce qui fut plus tard le quartier universitaire.
L’église du Saint-Sépulcre qui rappelait les constructions religieuses de Terre-Sainte fut détruite pendant les guerres de religion et remplacée depuis par un édifice sans caractère qui subsiste encore aujourd’hui. Le plan de Belleforest permet de se rendre compte de son ancien aspect.
Les Cordeliers s’étaient établis près des murailles, au nord de la rue qui porte leur nom. Leur église, endommagée pendant les guerres anglaises, pillée en 1562 par les protestants, fut réédifiée vers 1577 par Abel le Prestre, le fameux maître maçon caennais de la Renaissance. Malheureusement, lorsqu’après la Révolution, les Bénédictines se transportèrent dans cet édifice, la chapelle des Cordeliers fut complètement transformée et comme noyée dans une construction nouvelle.
[p. 33] Les Jacobins étaient établis près des murs de l’île-Saint-Jean. Une rue de ce quartier porte encore leur nom. Il ne reste plus que l’entrée, ornée d’une niche qui renfermait la statue d’un saint, probablement saint Dominique.