L’église des Carmes, située près des anciens murs de l’île Saint-Jean, avait été complètement remaniée au XVIIe siècle et reçut alors des peintures assez remarquables.
Sur les confins de l’île Saint-Jean et de Vaucelles, les Augustins s’établirent à l’Hôtel-Dieu qui se développa avec de nombreuses annexes: moulins, chapelles, cimetière. On l’a attribué à la piété et à l’humanité de saint Louis qui l’enrichit, mais les descriptions que De Bras nous a laissées de son bâtiment principal nous induisent à reporter sa construction première au temps de Henri II, créateur d’établissements semblable à Angers, et qui avait doté Caen de la Maladrerie. Il ne reste plus de l’ancien Hôtel-Dieu que l’archivolte du portail recueillie au musée des Antiquaires.
Photo Neurdein.
Saint-Julien. — Le portail.
Quant aux églises paroissiales, si anciennes soient-elles, sauf Saint-Sauveur du Marché et Saint-Michel de Vaucelles, elles n’ont point gardé trace de leurs anciennes formes romanes. A la fin du XIIIe siècle, en pleine période de prospérité, on commença les travaux qui firent de Saint-Pierre une église gothique. A la même époque, appartient également la tour de Notre-Dame de Froide-Rue, aujourd’hui Saint-Sauveur [p. 34] et aussi la base de la tour Saint-Jean. Mais tous ces travaux ont été interrompus par la guerre de Cent Ans. En 1346, la ville fut prise d’assaut par les troupes d’Edouard III malgré une belle résistance des habitants, pillée et ruinée. Cependant, ses édifices n’avaient pas beaucoup souffert; seul, le premier Châtelet Saint-Pierre avait été détruit par le feu, ainsi que quelques maisons de la rue Exmoisine (rue Saint-Jean); avant 1362, il était restauré. A l’abri de ses nouvelles murailles, la ville se remit au travail; en 1417, les Anglais durent en faire le siège. Cette fois, Saint-Etienne-le-Vieux et Saint-Jean furent presque complètement détruits par les effets de l’artillerie. Après l’entrée des Anglais et un nouveau pillage, commença l’exode d’une partie de la population française que les Lancastres s’efforcèrent en vain de remplacer par une immigration anglaise. Les descendants des Plantagenets se flattaient de garder la Normandie; ils voulaient faire de Caen la capitale de cette province; ils y installèrent les principaux rouages du gouvernement des pays conquis et la dotèrent d’une Université. Peut-être ici, comme en d’autres parties de la province, entreprirent-ils d’effacer les traces matérielles de leurs ravages et commencèrent-ils à rebâtir. Mais il ne leur fut pas donné de mener à bien l’œuvre réparatrice. Les Normands d’une part, Jeanne d’Arc, de l’autre, ne leur en laissèrent point le temps. L’Anglais chassé, on vit s’ouvrir pour Caen, comme pour la Normandie tout entière, une période de relèvement. Louis XI, qui sut gré aux Caennais de n’avoir pas écouté ses adversaires, encouragea le commerce de Caen. Certes, ce fut une belle époque que cette fin du XVe siècle: les Français, libérés de leurs angoisses, fiers d’avoir recouvré tout entier le sol de la patrie, se mirent, d’un commun effort, à tirer la France de ses ruines.
Ce siècle des constructions s’étend depuis la fin des guerres civiles du temps de Louis XI jusqu’au commencement des guerres de religion, de 1468 à 1562. Après la Ligue du Bien Public, il a fallu un laps de près d’une trentaine d’années pour que la cité dépeuplée par l’émigration de 1417, ruinée par l’occupation anglaise, reprît toute son activité et aussi pour que dans la caisse des trésoriers, dans celle des confréries réorganisées, pussent s’amasser les sommes qui allaient être nécessaires à l’achèvement et à la reconstruction des églises, comme dans les bourses des bourgeois, se constituait lentement, par achat de rentes, le capital nécessaire à la construction de leurs belles maisons de pierre, hôtels et manoirs. La grande activité des chantiers ne s’est manifestée qu’avec les dernières années du siècle, pour battre tout son plein aux temps du bon roi Louis XII et de François Ier. Au début de ces constructions, le [p. 35] style flamboyant, alors dans toute sa vogue, s’est imposé à Saint-Pierre, à Saint-Etienne, à Saint-Michel de Vaucelles, à Saint-Jean et à Saint-Julien. L’art de la Renaissance est venu se greffer sur la luxuriante décoration du style flamboyant, les deux arts se sont ainsi, sinon confondus, au moins harmonisés, l’un prolongeant l’autre, et de même que l’art gothique a achevé nos églises romanes, de même nos églises gothiques ont été terminées dans le style de la Renaissance. Et puis il ne faut pas perdre de vue, lorsqu’il s’agit de dater les monuments caennais, ce fait que M. Vitry a si bien mis en lumière dans sa belle thèse sur Michel Colombe, que l’on a continué à construire des édifices dans le style ogival, lorsque déjà la Renaissance était commencée et que deux monuments appartenant à deux styles différents, peuvent parfaitement être contemporains. Quelle part a eu l’italianisme dans la Renaissance caennaise? Il se peut que les de Martigny, abbés de Saint-Etienne, aient amené avec eux des artistes italiens. Les maçons caennais qui au XVe siècle s’étaient inspirés parfois de certaines dispositions de l’architecture anglaise se sont alors tournés vers l’Italie et la mode nouvelle. Nous voudrions savoir les noms de tous les maîtres de cette époque, on n’en connaît jusqu’ici que trois: Hector Sohier, Blaise le Prestre et son fils Abel qui vécurent au XVIe siècle; Hector Sohier termina sa carrière sous Henri II. [p. 36] Blaise le Prestre sous Charles IX, Abel Le Prestre sous Henri IV [2].
Photo Neurdein.
Saint-Gilles. — Le porche méridional.