Dans les édifices religieux que nous allons décrire, il y aura toujours une partie gothique de la dernière époque et une partie renaissance.
Les églises des faubourgs datent pour la plupart du XVe siècle. Alors Saint-Michel de Vaucelles a été reconstruit en partie; Saint-Julien, dans le faubourg de ce nom et Saint-Ouen, dans le Bourg-l’Abbé, l’ont été complètement.
L’église Saint-Ouen ne présente qu’un intérêt historique; elle a été fondée par Guillaume le Conquérant et par son frère l’évêque de Bayeux; l’église est dédiée à saint Ouen parce que, suivant certaines chroniques, les reliques de ce saint normand auraient été, du temps de Guillaume, exposées en ce lieu; pendant les guerres anglaises, le Bourg-l’Abbé fut deux fois ravagé, en 1358, par des bandes anglo-navarraises, en 1435 par les paysans soulevés contre les Anglais; l’église dut être reconstruite: un chœur à chevet droit comme dans beaucoup d’églises anglaises, un transept avec deux chapelles, une nef avec un seul collatéral, une tour modeste, le tout présente peu d’intérêt.
Saint-Julien est sans doute aussi une très ancienne paroisse, vraisemblablement antérieure à Guillaume, antérieure certainement en tout cas au XIIe siècle. Située tout près des fortifications, l’église fut détruite en grande partie pendant le siège de 1417 et refaite au XVe siècle. Le portail a tous les caractères de l’époque, la nef est basse, sans triforium. La tour pyramidale qui signale de loin cette petite église dont les vitraux et la chaire sont de jolis travaux du XIXe siècle, est également moderne.
C’est au XVe siècle qu’à Saint-Michel de Vaucelles fut ajouté ce joli porche occidental formant saillie, bordé de festons, très intéressant témoignage du style flamboyant à Caen et certes contemporain du portail nord de Saint-Etienne-le-Vieux. C’est également de cette époque que datent le chœur et les chapelles qui l’accompagnent. Ce chœur se termine par un chevet droit avec de grandes baies, assez semblable à celui de Saint-Etienne-le-Vieux. Au XVIe siècle, sous l’administration des deux La Longny, Pierre et Gilles, qui se succédèrent dans l’administration de la paroisse et dont on voit les armoiries à la voûte, furent exécutées les peintures du chœur. Autour de la clef de voûte de la première travée représentant la Trinité, l’artiste a disposé dans huit [p. 37] médaillons séparés les quatre évangélistes et leurs quatre attributs: le bœuf, le lion, l’aigle et l’ange. Autour de la clef de voûte de la seconde travée représentant l’archange saint Michel, il a groupé de la même manière quatorze saints et saintes, patrons des confréries de la paroisse réorganisées précisément ici, comme dans la plupart des autres paroisses de Caen, dans les dernières années du XVe siècle.
Photo Neurdein.
Saint-Jean. — La nef et le chœur.
Saint-Gilles, construite à l’époque romane, a été réédifiée depuis au XIIIe siècle. Au XVe siècle, les collatéraux ont reçu leurs chapelles, les voûtes ont été refaites, enfin, au XVIe siècle. Blaise Le Prestre, comme l’atteste formellement le médecin Jacques de Cahaignes, l’auteur des Eloges, a élevé le petit porche occidental dont la décoration est si fouillée, [p. 38] si amenuisée: là apparaissent les médaillons et les oves. Avec certaines parties de Saint-Etienne-le-Vieux, ce porche marque la transition entre le gothique flamboyant et l’art de la Renaissance.
Dans l’intérieur de la ville, avaient été presque complètement ruinées par le siège de 1417, deux églises situées près des remparts: Saint-Jean et Saint-Etienne-le-Vieux. A Saint-Jean, les premiers travaux de reconstruction datent de la domination anglaise et de Henri V, ils se sont prolongés pendant tout le cours du XVIe siècle et ne se sont terminés qu’au XVIe siècle. Il faut entrer dans cette église par une belle matinée, quand le soleil pénètre à travers les grandes baies en tiers-point de la nef et du chœur et vient baigner de lumière le bandeau de feuillage et la galerie ajourée du premier étage. Sinon, Saint-Jean présente ce paradoxe d’une église de style flamboyant, aux larges fenêtres, qui serait triste et sombre. Les voûtes sont peu élevées, ce qui est surtout sensible dans les collatéraux quelque peu écrasés. Ajoutons que l’église, qui s’étendait autrefois au milieu d’un cimetière, est depuis la fin du XVIIIe siècle, entourée de maisons; le porche même se dégage mal. Et pourtant Saint-Jean, dont De Bras louait l’unité de style, ne manque pas de caractère. Son chœur considérable qui présente quatre travées, alors que la nef n’en a que trois, lui donne de l’élégance, presque de la grandeur. Aux vitraux d’une des chapelles du chœur se voient réunies les armes de France et de Bretagne, qui datent cette partie de l’édifice de la fin du XVe ou du commencement du XVIe siècle.