La tour du portail est ornée sur le faîte par les statues des douze apôtres. De Bras dit que la tour du transept a été commencée de son temps. Il faut évidemment entendre par là, non 1593, date de sa mort, mais l’époque de son jeune temps ou de son âge mûr. Que l’on regarde le plan de Belleforest et on verra que l’édifice a déjà exactement son aspect actuel; donc les travaux étaient interrompus avant 1575, date de ce plan, donc ils ont été commencés bien auparavant. Cette tour, très peu étudiée, mériterait de l’être. Par son premier étage, elle présente encore comme tout le transept, le caractère du gothique flamboyant avec deux grandes fenêtres aux meneaux très découpés et deux oculus, mais au second étage la Renaissance apparaît. Il est difficile de dire ce qu’eût été l’édifice terminé. Les baies du second étage sont restées inachevées, mais l’esprit les achève en plein cintre: les petits lanternons qui montent avec la tour en étages successifs n’ont rien de gothique. La composition générale rappelle la lanterne de l’hôtel [p. 39] d’Ecoville. Et si la tour n’est pas l’œuvre d’Abel le Prestre, elle pourrait bien être due au puissant génie de Blaise. Il eût doté la ville d’une œuvre grandiose de plus, si... la tour ne s’était pas affaissée à mesure qu’on l’élevait, — la tour du portail a déjà une inclinaison très sensible; — c’eût été une seconde tour de Pise bâtie sur ces terrains mouvants de l’île Saint-Jean, c’en était assez d’une, et c’est dommage: une variété de plus fût venue s’inscrire dans la belle collection des tours caennaises.

Photo des Monuments historiques

Saint-Jean. — Les tours.

Saint-Etienne-le-Vieux est une des plus anciennes églises de Caen; il ne reste plus de l’édifice ancien auquel s’est substituée plus tard une église gothique du XIIIe siècle que quelques parties sans intérêt: le chœur et les murs qui enferment les collatéraux.

L’église en partie détruite en 1417 reçut des dons de Henri V. Une tradition veut que Girard Bureau, vicomte de Caen, puis lieutenant général du bailli et son fils Hugues qui habitaient cette paroisse — on montre encore leur riche maison de pierre dans la rue Ecuyère — aient eu une part considérable à cette reconstruction. Les actes de donation que nous avons retrouvés ont un autre sens: toutefois à la troisième clef de voûte de la grande nef, on peut constater la présence de leurs armes.

Photo Neurdein.

Saint-Etienne-le-Vieux. — La tour.

Si on arrive au Vieux-Saint-Etienne par le parc et qu’on examine [p. 40] d’abord le chevet, l’attention est tout d’abord attirée par le cavalier assez mutilé, au manteau antique, dont le cheval en fort mauvais état foule encore quelque rebelle. Le support sur lequel il repose et qu’ornent des armoiries a tous les caractères du XVIe siècle, mais le cavalier est vraisemblablement plus ancien. Au temps de de Bras, on le distinguait mieux qu’aujourd’hui. Pourquoi il faut avoir recours à sa description: « A l’endroit du chœur, par le dehors, sont eslevez en bosse le duc Guillaume le Conquérant à cheval, comme s’il faisait son entrée en ladite ville et sous les pieds de son cheval les représentations d’un jeune homme mort et d’un autre homme et femme à genoux, comme s’ils demandoyent raison de la mort de leur enfant qui est une antiquité de grand remarque dont je ne puis donner autre certitude de l’histoire, sinon ce que les personnages en bosse représentent. » De Bras en somme n’a pas l’air très sûr de son explication. Ce qui lui aura fait faire cette hypothèse, c’est la proximité d’une des portes de Caen que l’on appelait la Porte-au-Duc. On a encore vu là un saint Martin, le cavalier fondant sur Héliodore entré dans le temple pour le dépouiller, ou le grand cavalier de l’Apocalypse. Enfin, il a semblé aux archéologues qu’ici comme dans plusieurs églises de Poitiers, Limoges, Saintes, Parthenay, nous avions une représentation du Constantin dont le triomphe symbolise celui de l’Eglise.