[p. 41] Bien des dispositions rappellent ici l’architecture anglaise. Comme il arrive souvent en Angleterre, le chevet est droit. Une immense fenêtre s’élevant jusqu’au comble le remplit.

Pénétrons par le grand portail occidental, il offre encore un bel ensemble: pilastres géminés avec leurs voussures vides de statues, surmontés de ces dais à pinacles qui donnent un cachet particulier à cette église; au-dessus, une belle rosace très admirée qu’il est permis de trouver un peu petite et de tracé un peu lourd.

Photo Neurdein.

Saint-Etienne-le-Vieux. — Le grand portail.

Si on s’arrête sous le portail, l’ensemble de la nef, si délabrée soit-elle, est encore saisissant. C’est, avec ses cinq travées qui s’appuient sur des piliers cylindriques flanqués de quatre colonnettes, une belle nef gothique. Les remaniements qu’a subis l’Eglise, la difficulté de l’agrandir sans empiéter sur la rue Saint-Etienne, aujourd’hui rue de Caumont, expliquent peut-être la déviation du chevet sur l’axe de la nef; et ceci confirmerait la théorie récemment émise par M. de Lasteyrie qui s’est efforcé de démontrer, à propos de ces églises désaxées, qu’il n’y avait point là un symbole représentant l’inclinaison de la tête du Christ mourant sur la croix, mais simplement un hasard dû à des circonstances particulières: raccords mal faits entre des travaux de périodes différentes, nécessité de s’accommoder au terrain. Admirons les galeries dont les [p. 42] balustrades sont formées de rinceaux s’épanouissant et se nouant tour à tour. Il y a là un abus de l’arc en accolade un peu lourd et appuyé, un peu écrasé du sommet. Aux voûtes de la grande nef, quelques clefs sont dignes d’intérêt; l’une présente tous les instruments de la Passion: la croix, la couronne d’épines, le marteau, les clous, les tenailles, l’échelle, la lance, le denier de Judas. Les autres renferment des blasons.

Au milieu du transept, quatre piliers formés de faisceaux de colonnettes portent la tour octogonale qui se voit de toute la ville, surtout du cours Bertrand et qui forme une lanterne d’une belle hardiesse: huit fenêtres ogivales à lancettes éclairent ici l’édifice.

Les dispositions les plus jolies, les plus originales, nous allons les trouver dans l’un des collatéraux. Le collatéral du sud renferme cinq chapelles, celui du nord n’en a que quatre, la cinquième est remplacée par un porche d’un caractère tout particulier. A l’intérieur de ce porche, se trouvent deux séries de niches, huit de chaque côté, abritées de dais, niches peu profondes qui ne semblent point destinées à des statues. Il n’y a de comparable à ceci que la chapelle Tudor du chœur de Henri VII à Westminster. Niches, dais, culs-de-lampe sont fouillés comme toute la sculpture des Tudors. La voûte de ce porche est presque plane, effet produit par le dédoublement des nervures qui constituent le système d’armature de toute voûte gothique; c’est le premier essai de ces plafonds fermés, combinaison des caissons de la Renaissance italienne avec les pendentifs du flamboyant, qui semble être l’apport caennais dans l’art de la Renaissance.

Au dehors, nous nous trouvons en présence d’un portail qu’il est difficile de bien voir, faute du recul nécessaire. Un arc en plein cintre est surmonté d’un arc en accolade très élancé; entre eux le tympan représente le martyre de saint Etienne. Des deux côtés, sont de riches clochetons de style flamboyant. Ce porche nord de l’église Saint-Etienne marque très vraisemblablement les débuts de la Renaissance à Caen, et si elle n’apparaît pas encore ici avec toute la débauche luxuriante de sa décoration, elle nous offre quelque chose d’infiniment curieux et neuf.

Saint-Pierre, comme le Vieux-Saint-Etienne, est une église fort ancienne; une tradition en fait remonter l’origine et la fondation jusqu’à saint Regnobert. Mais de l’église primitive il ne reste rien. Dans les fondations d’un des piliers de la tour, on a retrouvé des traces de substructions se succédant du XIe au XIVe siècle. Telle que nous l’avons sous les yeux, l’église date du XIIIe, du XIVe, du XVe, du XVIe et même sur un point — portail méridional — du XVIIe siècle, 1608. Chose remarquable, [p. 43] elle peut presque partout être datée avec une certaine précision. La partie inférieure de la nef vers le chœur a été construite au XIIIe siècle pour être remaniée au XVe. Au XIVe siècle, peut-être à la fin du XIIIe, appartient la tour, De Bras la date de 1308; il reproduit une inscription relative au trésorier qui l’avait fait élever, Me Nicolle Langlois qui mourut en juillet 1317.