Photo Magron.

Maison de Pierre de Cahaignes. — Rue de Geôle.

[p. 66] Ce qui donne son cachet artistique à cette construction, ce sont les médaillons dont elle est ornée: quinze médaillons à la grosse tour, quatorze sur la courtine, quatre autres encore sur la petite tour et deux sur la maison d’habitation. Ils ont exercé la curiosité des archéologues. Les uns ont cru reconnaître des figures d’empereurs, de personnages historiques. D’autres ont vu là le long développement d’une allégorie amoureuse, commentée par les inscriptions empruntées aux Triomphes de Pétrarque. Aurions-nous ici une série de portraits de famille? Rappelons que des médaillons de ce genre se trouvent au manoir de Saint-Contest qui appartenait aux Nollent, à un tombeau situé dans une des chapelles de Saint-Pierre où les Nollent, paroissiens de cette église, avaient leur sépulture. Il est aussi possible que quelques médaillons soient des reproductions ou des imitations de modèles italiens. Un médaillon beaucoup plus grand que les autres nous présente une tête de femme vue de face; deux hommes vus de profil et un peu plus bas allongent le cou... pour l’embrasser. [p. 67] Autour de ce singulier médaillon, cette inscription plus singulière encore:

C’EST MA
NORICHE ET AMIE

Photo Neurdein.

Manoir des Gens d’armes.

L’archéologue anglais Ducarel qui avait d’honnêtes explications, voyait là deux hommes saluant poliment une dame. M. Rêver qui avait de l’érudition lut DORICHE pour NORICHE, retrouva sous ce nom une célèbre courtisane de l’antiquité... et s’exclama sur le pédantisme des gens du XVIe siècle. Veut-on une autre explication presque aussi honnête que celle de Ducarel? La dame, qui a l’air bien revêche pour une courtisane, serait la science, la philosophie, l’Alumna, la Mère nourricière, peut-être [p. 68] l’Université, celle de Caen. Girard de Nollent s’y fit immatriculer en l’an 1498, son fils Jean en 1539, un Louis de Nollent en 1547, un Gilles en 1554.

Et des médaillons, des médaillons toujours, nous en trouvons sur la façade d’une maison de la rue Saint-Jean, n° 133. Ce sont deux femmes, l’une de face, l’autre de profil. Les fenêtres étaient jadis ornées d’accolades et de feuillages frisés.