C’est encore aux Le Prestre, mais cette fois-ci avec certitude, à Abel Le Prestre, le fils, qu’est due une construction de la rue de Geôle (n° 17) qui paraît à première vue de modeste apparence. La porte et les fenêtres de ses deux étages offrent, ainsi que la maison même, la marque incontestable de la Renaissance caennaise: un encadrement formé de losanges et de ronds alternés. De chaque côté des fenêtres se font face, deux à deux, quatre médaillons: deux têtes d’homme, deux têtes de femme, celles-ci mieux conservées; elles ont dû être finement ciselées. Chaque médaillon est accompagné d’une inscription empruntée aux Triomphes de Pétrarque, que le sculpteur commenta si éloquemment à l’hôtel Bourgtheroulde de Rouen.
| PVDICICIA | VINCIT | AMOREM. | ||||
| AMOR | VINCIT | MONDUM. | ||||
| AMOR | VINCIT | PUDICIAM. | ||||
| FAMA | VINCIT | MORTEM. |
Au linteau de la porte, une jolie frise qu’admirait Remy Rosel, architecte de Paris; un singe y joue avec un dauphin, au milieu d’enroulements d’un dessin aussi ferme que ceux qui ornent les balustrades de Saint-Pierre. Cette maison, une tradition l’a appelée la maison des quatre fils Aymon. Elle a aussi passé pour être la demeure de Jean Marot le poète, père de Clément. Elle fut en réalité construite pour le médecin Pierre de Cahaignes, père de l’humaniste et médecin Jacques de Cahaignes qui l’avait acquise vers 1548.
On a justement remarqué l’analogie que présentent ces médaillons avec ceux du manoir des Nollent, plus connu sous le nom de Tour des Gendarmes. Ce sont mêmes inscriptions, mêmes physionomies. Bourgeois du quartier Saint-Pierre où ils ont leur hôtel, les Nollent ont ici leur manoir. C’en est bien un, au sens anglais du mot: une exploitation rurale. Quel en était l’aspect général? Un plan de Caen du XVIIe siècle, aujourd’hui fort rare, accompagné de petits dessins, nous le montre avec quatre tours d’angle, au lieu que l’édifice actuel n’en a que deux. Mais des vestiges de constructions assez importantes se trouvent encore dans la cour du [p. 65] manoir. Avec sa fenêtre grillagée, la grosse tour a un aspect guerrier; deux gendarmes de pierre — ils étaient plus nombreux autrefois — surveillent l’arrivée des navires qui remontent le fleuve. L’Orne venait en effet dans un de ses méandres passer près de la tour. Vauquelin de la Fresnaye errant dans les prairies qui appartenaient à la Trinité s’amusait à les contempler.
Me pourmenant par la belle prairie
Je voy souvent cette gendarmerie
Qui fait la garde en votre beau Calis
Où les soldats ne sont point défaillis
Depuis le temps que les Nolents donnèrent
Charge à ceux-là qui le guet ordonnèrent.