Photo Neurdein.
Rousseau. — Un marche au XVIIIe siècle.
La collection donnée par M. Mancel, ouverte le mardi et le dimanche, a son autonomie; elle figure dans une salle spéciale à côté du Musée. Lorsqu’elle se trouvait encore chez son possesseur, elle avait provoqué l’admiration enthousiaste, d’ailleurs légitime, de Barbey d’Aurevilly. Il n’avait pas assez de louanges pour la Vierge attribuée à Van Eyck, qu’il trouvait plus intéressant de donner à Memling dont il rappelait la romanesque et d’ailleurs inexacte légende, pour un portrait d’évêque par le Guide et pour l’esquisse du Martyre de saint Sébastien par Van Dyck. La collection compte des estampes par milliers, des livres d art, des manuscrits du plus haut intérêt. Jamais don plus royal n’a été fait à une cité.
Le colonel Langlois a légué, lui aussi, à la Ville, une importante collection qui a son local distinct au rez-de-chaussée du Pavillon des sociétés savantes.
[p. 101] La sculpture du moyen âge, on ira l’admirer rue de Caumont, au Musée des Antiquaires, situé dans l’ancien collège de l’Université, le collège du Mont qui a été de 1609 à 1762 le collège des Jésuites. Il a recueilli le portail de l’Hôtel-Dieu, quelques façades de maisons du XVIe siècle. Dans l’intérieur nous pouvons contempler, posé sur le sol, le dessus de la porte d’une maison du Vaugueux, une niche qui contenait une Cléopâtre, méconnaissable aujourd’hui, et au-dessus un petit temple rond. Niche et petit temple rappellent tout à fait les lanternons de l’hôtel d’Ecoville. La légende veut que nous ayons ici la maison d’Hector Sohier, c’est bien plutôt celle des Le Prestre qui habitaient au Vaugueux. Dans la même salle, une magnifique cheminée provient d’une maison de la rue Saint-Jean; des cariatides l’encadrent; des cadres successifs, trop compliqués, trop chargés, entourent un bas-relief. Un cavalier d’un beau [p. 102] mouvement perce de sa lance le dragon; dans le lointain on aperçoit les tours d’une ville; une jeune fille s’avance sur un rocher. Il y a de l’allure dans le cheval, de la perspective dans l’ensemble de cette composition. Saint-Georges est un des sujets familiers de la Renaissance. A Florence, Donatello le traite avec l’aisance gracieuse du génie et Michel Colombe, non sans quelque lourdeur, le représente au château de Gaillon.
Photo Neurdein.
Musée des Antiquaires. — Cheminée du XVIe siècle.
Aux belles pièces que nous venons de signaler, il faut ajouter la célèbre coupe dite de Guillaume le Conquérant qui est en réalité un travail italien du XVe siècle. L’histoire de Caen est encore représentée aux Antiquaires par une toile qui provient du Musée. C’est un souvenir de la soumission de la ville à Louis XIII en 1620: un joli fond nous montre [p. 103] la ville de Caen, telle qu’elle se présentait alors, un peu romantisée peut-être. Le jeune roi porte la robe aux fleurs de lys. A droite, se tiennent le prince de Condé, Gaston d’Orléans, frère du Roy, le duc de Luynes, le comte de la Rochefoucauld, grand aumônier de France, archevêque de Paris, le maréchal de Praslin; à gauche, les députés de la ville de Caen et à leur tête le lieutenant général du bailli, le fils du poète Vauquelin de la Fresnaye, Blondel d’Ungy, Malherbe de Bouillon, procureur du roi, un des parents du poète, le recteur de l’Université, reconnaissable aux massiers qui le précèdent. Notons encore, dans la collection des sceaux, le sceau de l’Université avec la Vierge et de jolis échantillons d’un art industriel local, celui de la dentelle.