Philippe de Champaigne. — Jésus et la Samaritaine.
[p. 98] S’il y a jamais eu en pointure une école normande, c’est celle des peintres de portraits du XVIIIe siècle. Tournières (1669-1752) ne fait pas mauvaise figure auprès de Rigaud. Un portrait en buste d’une effrayante vérité représente le chancelier Pontchartrain; un portrait du graveur Audran, jolie bouche aux lèvres minces, nous montre une de ces belles têtes d’homme dont la moustache et la barbe ne cachaient point l’expression et que ne déparait point la perruque. Voici maintenant tout une famille de peintres, les Jouvenet et les Restout: de François Jouvenet un portrait du Romain, moine dominicain et architecte célèbre; et de Jean Jouvenet lui-même Apollon et Thètys; d’Eustache Restout une copie d’après le Poussin du Repas chez Simon le Pharisien. Un autre peintre caennais, Blin de Fontenay, a excellé dans les fleurs, comme en témoignent plusieurs tableaux du Musée; mais il était fort capable de peindre un portrait et c’est ce qui permet de lui attribuer la Jeune femme encadrée [p. 99] dans une guirlande de fleurs. Ce tableau est signé de Fontenay. On ne sait trop pourquoi on a voulu lui enlever le portrait de femme pour l’attribuer à Coypel et voir là la maîtresse du Régent, Mme de Parabère. Un peintre caennais, M. Ravenel, croit que ce portrait pourrait bien être celui de Mme de Fontenay elle-même, fille d’un autre peintre de fleurs, Monnoyer. De Robert Lefèvre, peintre bayeusain du XIXe siècle, le Musée possède les Trois Grâces, des portraits, un Christ qui serait mieux à sa place dans une église.
Photo Neurdein.
Rigaud. — Un officier général.
L’école française du XIXe siècle nous offre aussi de très jolies œuvres. Barbey d’Aurevilly a célébré avec enthousiasme Achille jurant de venger la mort de Patrocle, une des plus belles toiles de Gérard, offerte par son neveu, le baron Gérard. Notons le joli Marché du XVIIIe siècle de Ph. Rousseau, une Vache au pâturage de Brascassat, un taureau, esquisse du bon peintre des vaches normandes, Voisard Margerie. Les paysages de la province ont inspiré de belles toiles de Motelay, un clos, les bords de l’Orne; Rame et ses moutons sont devenus populaires. Enfin, un don de Mme Tillaux, femme du fameux médecin, une des gloires du Lycée, a récemment enrichi le Musée d’un beau portrait de Bonnat, œuvre magistrale de ce maître, qui attire déjà vers le Musée de nouveaux visiteurs.
Photo Neurdein.
Blin de Fontenay. — Fleurs et jeune femme.
Il faut faire un sort à des toiles qui n’ont pas une grande valeur artistique, mais qui ont eu le mérite d’être très regardées: le Guillaume le Conquérant et la Bataille d’Hastings de Debon. Ces compositions historiques du genre romantique, sans aucune valeur documentaire et sans grande valeur picturale, sont des pages de notre histoire provinciale, [p. 100] de notre histoire nationale et surtout de l’histoire nationale d’Angleterre. Entre un pèlerinage au tombeau de Guillaume ou au tombeau de Mathilde, une excursion à l’église de Dives. les Anglais viennent contempler la Bataille d’Hastings. Le Guillaume le Conquérant a été transporté dans l’escalier de l’Hôtel de Ville et la Bataille d’Hastings, victime de l’incendie de 1905, pourrait être restaurée d’après une copie de l’excellent peintre caennais, Tesnière. Celui-ci peut être admiré dans les deux genres qu’il a cultivés: une reproduction des sites pittoresques du vieux Caen, l’Abreuvoir des petits murs, et dans ses études marines: Les rochers de Lion. On trouvera encore quelques coins normands, un Boucher et un Vigée-Lebrun récemment authentiqués dans la salle consacrée à la collection Montaran.