Photo Neurdein.

Rubens. — Melchissédec offrant le pain et le vin à Abraham.

L’école flamande, moins nombreuse que l’école italienne, est représentée par quelques bonnes toiles: un superbe portrait de vieille femme de Frans Floris Franc Flore, admirable de réalisme, une Kermesse de Brughel le Vieux, bon spécimen de la manière du maître, un Saint-Sébastien de Denis Calvaert, qui provient de l’église Saint-Pierre. Un Melchissédec offrant le pain et le vin à Abraham est quelquefois désigné sous le titre: Distribution de pain à des soldats. M. de Chennevières donne de bonnes raisons de penser que cette grande composition est bien de Rubens. Les démarches d’Elouis valurent au musée la superbe tête de Mendiant de Jordaens qui est si bien dans les tons du grand peintre, une des plus belles toiles du Musée. On peut aussi admirer quelques-unes des meilleures œuvres de Snyders, de ces trophées de gibiers, oies, chevreuils, lièvres, faisans, où il excelle; deux bonnes [p. 96] toiles de Van der Meulen, esquisses très soignées, dit M. Engerand, des modèles exécutés par les manufactures des Gobelins. La peinture flamande et la peinture hollandaise ont particulièrement souffert du déplorable incendie de 1905 qui leur a fait perdre d’un seul coup: la Fumeuse attribuée à David Téniers, un Paysage de Salomon Ruysdaël, le Portrait de Médecin de Salomon Koning, une Scène d’intérieur de Richard Brackenburgh.

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Snyders. — Trophée de gibiers.

Philippe de Champaigne est la transition toute naturelle pour passer de l’école flamande à l’école française. S’il ne compte pas ici des œuvres aussi nombreuses qu’à Lille ou à Bruxelles, trois belles toiles et non des moindres y célèbrent son nom. C’est d’abord le Vœu de Louis XIII provenant de Notre-Dame de Paris et qui au point de vue historique a bien son intérêt pour des Normands restés si longtemps attachés à cette procession du 15 août dite du vœu de Louis XIII. La figure du roi est un des beaux portraits de ce maître. Plus froids paraîtront l’Annonciation et la Samaritaine, bons exemples des toiles de sainteté du plus grand peintre qu’ait produit la Renaissance catholique du XVIIe siècle.

Quittons le peintre mystique et ses bleus si caractéristiques et allons contempler les Français. M. de Chennevières se refuse à attribuer à Lebrun le Daniel dans la fosse aux Lions et l’esquisse du Jugement dernier. Quant au Baptême de Jésus-Christ, il a bien été commandé au célèbre peintre du roi vers 1670 par les marguilliers de Saint-Jean; mais un inventaire de cette église 1707 nous apprend que ce n’est qu’une copie retouchée par lui de l’original qui figurait à Saint-Jean d’Amiens. Le Salomon marchant devant l’Arche qu’il fait transporter au Temple n’est point d’Eustache Lesueur, mais d’un Blaise-Nicolas Lesueur qui remporta avec ce tableau un second Prix de peinture au [p. 97] concours de 1745 pour les prix de Rome; une superbe chasse au sanglier de Oudry, plus exactement Une laie et ses marcassins surpris par une meute est signée et datée. L’école française est surtout remarquable par les portraits. Il y a là de Rigaud des œuvres de premier ordre; un tableau représentant un officier général avec son bâton de commandement qu’on a pris longtemps pour un portrait du maréchal de Villerov. Le bâton de commandement du tableau de Caen ne porte pas les fleurs de lys, ce n’est donc pas le portrait d’un maréchal de France. M. Gaétan Guillot a comparé ce portrait à ceux d’Antoine Ier Grimaldi dont la fille épousa un Goyon Matignon, seigneur de Torigni, et au portrait de Versailles qui représente le comte de Toulouse. Rigaud a sans doute peint d’abord celui-ci, puis a transporté dans les trois autres toiles fonds, accessoires et pose. Si belle que soit cette œuvre, son éclat sera toujours effacé par celui que dégage le portrait d’un personnage beaucoup plus modeste, Marie Cadenne, femme du sculpteur Desjardins. Ici, le peintre a déployé toutes les ressources de sa palette. On n’est pas seulement séduit par une physionomie intelligente, plus expressive que belle, mais par une science consommée de la draperie et des couleurs.

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