Arrêtons-nous encore devant une superbe esquisse de la Cène et devant la Descente de Croix, du Tintoret. M. de Chennevières en loue [p. 94] le coloris riche, intense et clair, il en trouve la composition dispersée et romantique et n’a d’admiration que pour la Vierge évanouie qui en compose, à son gré, le plus fort intérêt. Il jugeait toute la peinture religieuse à ce critérium... le sentiment religieux, comme si ces Italiens étaient des primitifs, des gens de foi simple et naïve. C’étaient de grands artistes épris de belles formes, de mouvements justes. Delacroix, passant à Caen, en avait fait une copie au pastel. Qui n’admirera, en effet, les raccourcis superbes, la justesse des attitudes, la vigueur, la souplesse des mouvements de ces corps pliant sous le fardeau qu’ils descendent? Pendant que Delacroix copiait la Descente de Croix, son ami, M. Villot, s’attaquait à la Tentation de saint Antoine de Véronèse. Avec le Pérugin pour lequel il a une admiration respectueuse et où on sent un peu la commande, Barbey n’a vu dans le Musée que la Tentation de saint Antoine, elle le tenta visiblement et il lui a consacré une de ses pages les plus chaudes.

Photo Neurdein.

Le Tintoret. — La Descente de Croix.

La Judith de Véronèse, une des œuvres puissantes que possède le Musée provient des collections du Roi et très probablement avait figuré auparavant dans celle du malheureux Charles Ier. On attribue au Véronèse les Israélites sortant d’Egypte qui forma jadis le dessus de porte du cabinet de la duchesse de Chartres.

Photo Neurdein.

David Téniers. — La Fumeuse.

Notons encore l’Ecce homo de Tiepolo, le Coriolan du Guerchin et [p. 95] quelques toiles de l’école espagnole, un Couronnement d’épines, de Ribeira: on y retrouve le génie sombre et tourmenté du maître. Un Saint-Pierre d’un inconnu nous offre une tête singulièrement expressive et pittoresque de vieux pécheur: bouche édentée, veines du cou saillantes et regard plein d’extase.