Photo Neurdein.

Transept et tour centrale.

Jetons maintenant un coup d’œil sur la tour du transept. Les premiers étages sont du XVe siècle et portent bien dans le tracé de leurs fenêtres tous les caractères du style flamboyant; le dôme est d’un effet plus singulier que vraiment satisfaisant. C’est à distance seulement qu’il se fond dans l’ensemble [p. 138] semble de l’édifice. Des clochetons marquent les croisillons du transept; d’autres comme dans les églises romanes annoncent l’abside qui est à l’extérieur d’une grande simplicité de lignes et d’une grande sobriété dans la décoration.

Toute église cathédrale a un trésor; on se rend à celui de Bayeux en passant par le croisillon nord du transept. Là sont conservées quelques pièces curieuses et d’un grand intérêt pour l’histoire de l’art: la plus célèbre est la fameuse chasuble de saint Regnobert, travail byzantin en soie verte, puis vient un coffret d’ivoire oriental avec inscription en caractères koufiques, qui le fait remonter au delà du IVe siècle de l’hégire. Une partie de ces trésors est enfermée dans une grande armoire du XIIIe ou du XIVe siècle, aux panneaux peints et aux belles ferrures. On conserve également l’armure de l’homme d’armes qui accompagnait l’évêque dans les cérémonies; elle date de la fin du XVIe siècle. Enfin, dans une salle basse, on a relégué une partie des magnifiques stalles du chapitre, celles qui se trouvaient jadis dans le transept avant la suppression du jubé. Ces stalles sont l’œuvre d’un célèbre menuisier caennais Jacques Lefebvre auquel Jacques de Cahaignes a consacré l’un de ses Eloges; il fit marché avec le chapitre en 1588. C’est une œuvre fort jolie de la Renaissance. La stalle de l’évêque date de 1687. La chaire est une œuvre du XVIIIe siècle.

Il faut ajouter à la description de la cathédrale celle de la salle capitulaire qui est située dans le prolongement de la façade, à côté de la tour du Nord. On y a accès par la première chapelle du collatéral. En passant, on jette un coup d’œil curieux, mais non admiratif. sur un rétable de la fin du XVIe siècle ou du règne de Louis XIII, qui groupe autour de la Vierge toutes les comparaisons tirées de l’Écriture qu’on lui applique: tour, étoile de la mer, rose sans épine, etc. La salle capitulaire naturellement fort vaste, puisqu’elle était destinée aux délibérations d’un chapitre qui ne comptait pas moins de 61 dignitaires, mesure 15 mètres de longueur, sur 9 de largeur. Elle est éclairée par quatre fenêtres ogivales d’une grande hauteur. Au XIVe siècle, on la divisa en deux étages, les appuis primitifs reçurent des cariatides qui, suivant un type commun à cette époque, semblent gémir sous le poids quelles ont à supporter: chimères, corps d’animaux à tête d’homme. Les peintures qui décorent les murs de la salle capitulaire montrent la Vierge, la tête ceinte d’une auréole d’or et tenant dans ses bras son divin fils. Autour d’elle, des anges jouent du psalterium, des chérubins l’encensent. Ce qui est le plus [p. 139] remarquable dans la décoration de cette salle, c’est son pavage de briques émaillées. Il se compose de huit bandes de largeur inégale, séparées par des bordures de quatre feuilles ou de fleurs de lys. Toutes ces briques sont dessinées: elles représentent une chasse à courre, mais il y a là plutôt des détails qu’une composition suivie; cavaliers cornant de la trompe, valet menant les limiers, puis des cerfs, des sangliers, des arbres, des oiseaux. Trois couleurs: le jaune, le brun et le vert ont été seules employées. Au centre de l’appartement, une autre mosaïque forme labyrinthe.

Au point de vue artistique, Bayeux complète heureusement Caen, par un beau monument gothique, tel que Caen n’en a jamais connu, la cathédrale des d’Harcourt. D’autre part, Caen est avant tout la ville de Guillaume, par sa basilique, son château, son enceinte, mais nous avons ici la cathédrale commencée du temps de Guillaume par son frère Odon. Transportons-nous maintenant au Musée de la Tapisserie pour contempler une autre œuvre élevée à la gloire des deux frères, et où l’évêque ne s’est pas non plus oublié.

Photo Neurdein.

Un des écoinçons de la nef.