Et il sortit avec le directeur.

Le greffier, un petit déjà sur l'âge et qui rêvait ce que rêvent tous les greffiers : une direction de maison centrale, se montra plus qu'obséquieux à l'égard d'Emmeline, femme d'un député dont l'influence se manifestait surtout dans les questions pénitentiaires. Il lui avança une chaise sur laquelle s'étaient vraisemblablement déjà assis bon nombre de maltôtiers, escarpes ou assassins, pour y subir l'interrogatoire d'écrou.

Elle promenait les yeux tout autour de cette pièce poussiéreuse, qui lui rappelait le bureau du terrible Heurteloup à la préfecture de police. Elle avait tant entendu parler de prison, de clou, de bloc et de « Grand-Hôtel » par ses camarades d'autrefois, que son passage — même d'un quart d'heure — dans une de ces géhennes l'étreignait comme dans un étau. Elle finit par rassembler le sang-froid dont elle allait avoir besoin pour conduire sa barque dans les écueils qu'elle était venue affronter. Elle commença par s'informer de la nature des délits qui amenaient le plus de coupables entre les mains de la justice.

— C'est le vol ou plutôt l'escroquerie. Nous avons aussi l'abus de confiance, puis l'attentat à la pudeur, répondit le greffier, tout à son métier.

— Mais, interrogea Emmeline avec une feinte naïveté, parmi ceux qu'on vous amène, il s'en trouve quelquefois d'innocents.

— Quelquefois, oui, madame ; mais ceux-là, nous les reconnaissons immédiatement. Quand on a été, comme moi, trente ans dans les maisons de détention, on ne s'y trompe guère.

— Est-ce possible! Vous savez comme ça, tout de suite, si un homme est coupable ou non?

— Mais oui, madame. C'est une question de coup d'œil. Celui qu'on accuse d'un crime qu'il n'a pas commis n'a ni la même attitude, ni le même regard, ni le même système de défense que s'il l'avait commis en effet. Il y a toujours dans chaque pénitencier sept ou huit innocents que tout le monde connaît comme tels, et en faveur desquels on ne peut malheureusement rien.

— Ainsi, s'obstina Emmeline, vous avez ici de pauvres gens que les tribunaux condamneront, bien qu'à vos yeux leur culpabilité soit plus que problématique?

— Certainement, madame, fit l'employé avec un soupir philosophique. Souvent les preuves s'accumulent contre un individu avec un tel ensemble qu'il lui est impossible de lutter contre elles.