— En outre, objecta Albert, il me semble difficile d'aller demander comme un service personnel à un président de chambre d'acquitter un accusé, s'il le croit coupable.

— Mais il ne l'est pas, je suis sûre qu'il ne l'est pas, répéta Emmeline avec emportement. Si tu ne veux rien faire pour ce pauvre et honnête garçon, eh bien! c'est moi qui me charge de le tirer d'affaire.

Et d'un pas résolu elle gagna la porte devant laquelle les attendait la voiture. Son parti était pris. Elle devait une réparation à cette victime. Elle s'acquitterait coûte que coûte.

XVIII
LA LIBÉRATRICE

A peine rentrée chez elle, elle ressortit, sauta dans un fiacre et se fit mener d'un train d'enfer, en promettant des pourboires extravagants, chez le vieux Gustave, lequel attendait dans une douce quiétude la décision judiciaire qui allait le mettre pour longtemps à l'abri d'indiscrétions redoutables.

— Je m'étais trompée, dit Emmeline, en entrant impétueusement dans l'atelier, que l'artiste en faux avait sinon embelli, du moins rapproprié depuis que la manne y avait pénétré par la fenêtre à tabatière. Il parlait même de déménager.

— En quoi vous étiez-vous trompée? demanda-t-il.

— Ce M. Gérald ne sait rien du faux acte que nous avons machiné. J'avais pris la mouche sur un mot que j'avais mal compris. C'était déjà assez vilain de l'envoyer en prison, même quand nous n'avions pas le choix. Aujourd'hui que sa condamnation ne nous profiterait en rien, ce serait abominable. Vite! il n'y a pas une minute à perdre. Il faut lui faire rendre immédiatement sa liberté.

Gustave sauta en l'air.

— Comment! lui faire rendre sa liberté? En voilà une forte! Est-ce que je le peux maintenant? Vous vous figurez donc que j'ai la clef de Mazas dans ma poche?