— Mais, fit-il observer, du ton d'un homme qui, pour être fortement ébranlé, n'est pas absolument convaincu, si ce jeune modèle est monté chez M. Gérald, il a été reçu par quelqu'un, un domestique, une bonne, un concierge.
— Oui, fit Lilio, en continuant à exagérer son accent étranger, il y avait là une vieille femme qui balayait.
— Quelle est cette femme? demanda le magistrat à Gérald.
— Ma femme de ménage, répondit-il.
— Et qu'est-elle devenue?
— Je l'ignore. Voici plus de trois mois que je suis en prison.
— Toute la question est de la retrouver, insista Gustave. Il est clair que si ce jeune Italien lui a parlé et qu'elle le reconnaisse, c'est que j'aurai été dupe d'une illusion que je regretterai profondément, mais qu'explique suffisamment le plus étrange concours de circonstances. Errare humanum est! conclut-il, pour faire montre de son érudition.
Car la loi, l'impassible loi, vous tient coffré pendant des mois, après quoi elle vous ouvre la porte de votre cellule en vous disant pour tous dommages-intérêts :
— Nous nous sommes trompés. Mais aussi, c'est de votre faute. Si vous n'aviez pas ressemblé comme deux gouttes d'eau à un autre pour lequel on vous a pris, ce désagrément ne vous serait pas arrivé.
L'essentiel était de retrouver et de faire comparaître la femme de ménage. Le vieux Gustave, qui avait pris des informations et savait parfaitement où aller la chercher, affecta un profond désespoir de l'erreur dont il était responsable. Il s'offrit à entreprendre toutes les démarches nécessaires à la découverte de cette fameuse vérité qu'on feint toujours de poursuivre et qu'on lâche si facilement quand on peut mettre la main dessus.