— Connaissez-vous monsieur? demanda l'instructeur à Gustave en lui désignant Lilio, auquel il avait fait signe de se lever.
— Non, monsieur le juge d'instruction, je ne connais pas monsieur, répondit-il nettement.
— Maintenant, dit le magistrat à Lilio, veuillez vous tenir debout, le chapeau sur la tête, à côté du prévenu, qui se coiffera également du chapeau qu'il tient à la main et qui est bien, n'est-ce pas? celui qu'il portait le jour où le délit a été commis?
Gérald et Lilio se placèrent côte à côte ; et bien que le dernier fût un peu moins grand que l'autre, l'aspect général, grâce à l'identité du costume et de la coiffure, était tellement similaire que le juge d'instruction jeta à son greffier un regard désolé.
Le vêtement et le chapeau du jeune modèle s'appareillaient d'autant plus à ceux du peintre que Gustave les lui avait achetés, l'avant-veille, aussi ressemblants que possible.
— Je dois vous apprendre à présent, reprit le juge, à quoi tend cette mise en scène. Monsieur, qui est Italien, prétend être la personne qui a ramassé les obligations rue Condorcet, qui les a portées jusque chez le prévenu et qui les y a oubliées. Si bien qu'abusé par une sorte de ressemblance dans la tournure, dans l'habillement et dans la physionomie, vous auriez pris celui-ci pour celui-là.
Gustave, comme écrasé par la stupeur, prolongea son ébahissement quelques instants encore.
— En effet, balbutia-t-il, jamais je n'ai vu une personne en rappeler aussi exactement une autre. Si je m'y suis trompé, convenez, monsieur le juge d'instruction, que vous auriez fait de même. C'est vraiment incroyable!
— Monsieur ne parlant qu'assez incorrectement le français, dit le juge, je vais vous reconstituer la déposition qu'il vient de faire devant moi et dont je vous prie de vouloir bien relever les contradictions ou les erreurs.
Et il raconta bénévolement à Gustave tout ce que ce dernier avait inventé trois jours auparavant, et qu'il feignit d'écouter avec la plus scrupuleuse attention.