— Ah! que je suis content! s'écria Gustave en respirant à pleins poumons. Le remords d'avoir fait condamner cette victime innocente m'aurait poursuivi jusqu'à la fin de mes jours.
Séance tenante, afin de donner devant témoins la mesure de son intégrité, le juge instructeur signa une ordonnance de non-lieu qu'il fit porter, accompagnée d'un ordre de mise en liberté, par un express auquel — toujours devant témoins — il recommanda la plus grande célérité.
Ce qui compléta la joie dont Gustave faisait parade, c'est qu'on lui rendit en même temps ses obligations, ou plutôt celles d'Emmeline, lesquelles étaient, depuis trois mois, restées dans le dossier. Il en donna décharge, se promettant tacitement de négliger le récit de ce dernier épisode, quand il raconterait à sa complice le dénouement du drame qu'ils avaient perpétré en collaboration.
Il salua profondément le juge d'instruction, puis Lilio, qu'il était censé avoir vu la veille pour la première fois, bien qu'il lui eût glissé ces mots pendant que le juge rédigeait l'exeat de Gérald :
— Je t'attendrai sur le quai, en face du Dispensaire.
Quoique parfaitement éclairé sur le malentendu qui avait coûté trois mois de cellule à son pensionnaire, le directeur de Mazas ne douta pas un instant que l'intervention de M. le député et de Mme son épouse n'eût été pour tout dans la libération de Gérald.
Au reçu de l'ordre signé du juge, le greffier de la prison se précipita dans la cellule du détenu qui, à la main chaleureuse que l'employé lui tendit, devina l'objet de tant d'empressement.
Quand on a de si belles connaissances, on est toujours à ménager. Aussi, afin de lui épargner la compagnie d'un gardien, le sous-fonctionnaire le conduisit-il lui-même au greffe pour la cérémonie de la levée de l'écrou, et Gérald prit congé sur cette prière qu'il lui adressa tout bas :
— Si vous vouliez être bien aimable, vous parleriez de moi à votre ami le député pour une direction en province.