— Qu'a-t-elle donc? se demanda Gérald. On croirait qu'elle va s'évanouir comme au bal de l'ambassade.

Puis, il se fit cette réflexion :

— Pourquoi diable m'a-t-elle conté qu'elle était née dans le département de l'Ain, puisqu'elle est née dans le département de la Seine?

A partir de ce moment, il remarqua l'embarras croissant de Mme Dalombre, qui ne se mêla plus à la conversation que par ces mots heurtés et par ces interjections qu'on lance quand l'esprit est ailleurs. Il surprit même chez elle deux ou trois mouvements d'impatience lorsque Albert s'était mis à entamer avec lui la question d'art.

Elle, si affable un instant auparavant, est-ce qu'elle allait recommencer à souffrir des nerfs, toujours comme au bal de l'ambassade?

— Moi aussi, dit tout à coup M. Dalombre, j'avais autrefois rêvé de m'adonner à la peinture. Je dessinais du matin au soir. J'ai encore là un album plein de mes croquis. Vous allez juger : je n'étais pas trop maladroit.

Et, ouvrant un petit meuble en écaille de Hollande, il en tira un grand livre, composé de feuilles de papier bristol qu'il avait couvertes de figures, de paysages, d'études de femmes, vêtues ou non. Gérald s'extasia naturellement sur les dispositions réelles dont témoignaient ces ébauches et regretta poliment que la politique en eût enlevé l'auteur à une vocation déclarée.

Tout en feuilletant l'album, on tomba sur une feuille séparée, encastrée entre deux pages, et sur laquelle se détachait un joli portrait de jeune fille, trituré aux deux crayons et beaucoup plus achevé que les autres dessins.

— Qui est-ce? demanda Albert à Gérald.

— Attendez! attendez! dit celui-ci. Cette tête ne m'est pas inconnue. Où ai-je donc vu ces grands yeux-là?