— Mais, monsieur…

— Et si vous me mentez à moi, vous avez sans doute menti de même au juge d'instruction, ce qui vous enverrait préalablement me remplacer à Mazas.

Le sang-froid de l'Italien fondit sous cette menace.

— Ce n'est pas moi! monsieur, ce n'est pas moi! s'écria-t-il en joignant les mains et en invoquant à plusieurs reprises la Madone, qui n'avait rien à faire dans ce débat. Je ne vous voulais pas de mal. J'ai dit ce qu'on m'a forcé à dire.

— Et qui vous y a forcé?

— M. Gustave!

Ce nom de Gustave n'apprenait rien à l'ex-détenu, qui ne connaissait le fabricant de monogrammes que sous le nom de Bachelin. Lilio, entré dans la voie des aveux, lui apprit que ce prénom et ce nom de famille s'appliquaient à une seule et unique personne. Et comme Gérald, pour qui les voiles se déchiraient enfin, le poussait toujours davantage, il lui déroula sous tous ses aspects le complot qui avait commencé par le dépôt du paquet d'obligations dans le bahut où lui, Lilio, l'avait furtivement introduit, jusqu'à leur confrontation dans le cabinet du juge. Il lui confessa même l'achat opéré par le prétendu Bachelin d'une vareuse et d'un chapeau dont la comparaison avec ceux de Gérald ne pouvait laisser subsister aucun doute dans l'esprit du magistrat.

— Mais, fit remarquer le peintre essayant de garder son calme, d'où vient qu'après avoir porté chez moi ces obligations qu'on m'a ensuite accusé d'avoir détournées à mon profit, vous vous êtes rétracté au bout de trois mois, en vous dénonçant comme les ayant ramassées dans la rue, par mégarde. Si vous aviez intérêt à me faire arrêter et condamner, quel intérêt avez-vous eu ensuite à me faire relâcher?

— Ça, je ne sais pas, monsieur ; je vous jure que je ne sais pas. C'est Gustave qui m'a payé d'abord pour apporter le rouleau chez vous, et qui m'a payé encore plus cher pour révéler la vérité au juge, c'est-à-dire pas la vérité précisément…

— Il est donc bien riche, ce M. Gustave? interrogea Gérald.