— Rien, car il n'y a plus rien à faire maintenant! répondit Albert avec des sanglots et en lui montrant sa femme qui regardait tout ce monde d'un œil déjà vitrifié par la mort.

Ce regard décoloré s'arrêta un instant sur Gérald, qui suffoquait et serrait les dents pour arrêter au passage l'explosion de sa douleur. Il s'approcha d'elle et lui saisit presque brusquement la main, qui sortait longue et fluette de la manche de sa camisole de batiste.

— Le pouls est encore vigoureux, fit-il, en pressant, dans un suprême adieu, ce bras où il avait si souvent promené ses baisers du poignet à l'épaule. Et il ajouta, comme s'il s'était agi d'une simple constatation : « Il y a encore de l'espoir ».

Elle répondit à ces marques d'une tendresse désormais sans danger par un long soupir, qu'il prit pour l'expression d'un regret et qui n'était peut-être qu'un soupir de soulagement.

— Et ce médecin qui n'arrive pas! répétait Albert.

— Voulez-vous que j'aille le chercher moi-même? proposa Gérald, tout prêt d'éclater, et saisissant cette occasion de dérober les déchirements de son cœur aux commentaires qu'ils auraient probablement provoqués.

Mais comme il gagnait la porte de la chambre à coucher, il s'y rencontra avec le docteur qui accourait sur un mot laissé par la femme de chambre et qu'il avait trouvé en rentrant chez lui.

Il saisit, comme l'avait fait Gérald, la main de sa cliente ; mais son diagnostic fut tout autre :

— La vie s'en va à chaque pulsation, dit-il tout bas à Albert. Donnez-lui son enfant à embrasser. Il n'est que temps.

On souleva la petite Albertine à la hauteur de sa mère, sur laquelle on la pencha. Emmeline, ayant reçu son baiser, eut encore la force de le lui rendre. Elle eut même un sourire qui semblait dire à l'enfant tout en larmes :