— Me débarrasser! fit M. Dalombre, mais vous ne m'embarrassez pas du tout, ma chère enfant. Est-ce possible! vous voudriez nous quitter?
— Voilà près de quinze jours que je prive monsieur de sa chambre! répondit-elle naïvement en s'adressant au neveu autant qu'à l'oncle. Il faut bien que je la lui rende.
— Oh! si c'est pour moi que vous vous en faites, dit en riant le jeune homme, vous n'avez pas à vous gêner. Je ne suis pas pressé de la reprendre. D'ailleurs, j'en ai une autre toute prête à côté de celle de mon oncle. Elle n'est pas peinte en blanc comme l'autre, qui est, en réalité, une chambre de demoiselle, et qui vous convient bien mieux qu'à moi.
— Voyons! interrogea M. Dalombre, essayant d'obliger Emmeline à compléter sa pensée, vous avez donc reçu des offres bien brillantes que vous insistez pour vous en aller, comme ça, tout de suite?
— Ah! par exemple, quelles offres pourrait-on me faire? s'exclama-t-elle. Je ne connais personne au monde.
— Cependant, fit remarquer Albert, il faut bien que vous alliez quelque part en sortant d'ici.
— Naturellement, mais je n'ai encore trouvé aucune place. Je verrai, je chercherai… balbutia-t-elle.
— Et si vous ne trouvez pas? dit le vieillard.
— Dame! je m'arrangerai comme je pourrai. Mais je serais vraiment honteuse de me faire héberger chez vous sans rien faire.
— Sans rien faire? répéta M. Dalombre. Est-ce que vous ne me lisez pas les journaux presque tous les jours? Car si tu savais, mon pauvre Albert, je m'aperçois de plus en plus que mes pauvres yeux ne vont pas mieux que le reste.