— Non! dit Emmeline.
— Alors, pourquoi pleurez-vous? Il vous est donc arrivé également quelque chose?
— Oui, répondit-elle. J'ai reçu à mon tour une lettre abominable, où l'on m'accuse de choses si vilaines que je ne peux plus rester un instant de plus chez vous. Je pleurais parce qu'il faut que je m'en aille et que je ne peux pas m'habituer à cette idée-là.
— Donnez-moi la lettre! dit M. Dalombre.
— Non, je vous en prie, fit Emmeline. D'ailleurs, elle n'insulte que moi. Il n'y est pas question de vous.
Mais il tenait à comparer les écritures. Pour la première fois, il lui ordonna d'obéir. Elle allait s'exécuter — car, en somme, pour elle, ce vieillard était un père à qui elle était presque tenue de tout confier — quand un violent coup de sonnette retentit. C'était Albert qui était en retard et qui arrivait au galop pour dîner. La salle à manger était déserte, et au milieu de la table un potage déjà froid mettait aux parois de la soupière des plaques de graisse figée.
Il poussa la porte, derrière laquelle il entendait discuter et se trouva dans la chambre d'Emmeline qui se tenait la tête basse devant M. Dalombre interloqué et tremblant.
— Ah çà! que se passe-t-il donc? demanda le jeune homme.
— Ce qui se passe? répondit M. Dalombre ; le voici : Emmeline a reçu, comme nous, sa petite lettre anonyme. Je ne sais pas ce qu'on y a mis ; mais elle refuse de me la montrer.
— Le drôle qui a écrit ces ordures ne mérite guère qu'on lise sa prose, en effet, répliqua Albert. Que Mlle Emmeline jette au feu ces ignominies. Nous en ferons autant de notre côté, et le polisson en sera pour ses frais de calomnie.