Le jeune homme, extrêmement gêné, prétexta une visite et sortit d'un trait. Quinze jours se passèrent sans qu'il eût soufflé mot à son oncle du plan que celui-ci avait démasqué. Après ces deux semaines, probablement consacrées aux plus sérieuses méditations, il s'approcha du vieux malade et lui dit résolument :
— Tu as raison : je ne trouverai jamais mieux, et puisque tu le désires, j'accepte!
M. Dalombre eut un sursaut de joie, tant il avait conscience de faire à la fois le bonheur des deux seuls êtres qui lui restassent à aimer.
— Le sait-elle? demanda-t-il.
— Non, répondit Albert. C'est à toi de lui répéter ce que tu m'as dit. D'abord, qui prouve qu'elle voudra de moi?
— Tu plaisantes, fit le vieillard redevenu presque gai. On refuse de l'argent, mais on ne refuse pas un mari.
— Alors, charge-toi de me faire agréer. Mais, franchement, elle a jusqu'à présent fait si peu attention à moi qu'elle ne doit guère savoir, à cette heure, si je lui plais ou si je ne lui plais pas.
— Oh! sois tranquille. Je suis sûr d'avance qu'elle ne demandera pas quinze jours de réflexion.
Le neveu quitta son oncle sur ces mots. Il se croisa en sortant avec Emmeline qui commençait à remarquer chez le jeune homme un certain embarras, dont elle était à cent lieues de pressentir les motifs. Les apartés entre lui et M. Dalombre lui semblaient aussi depuis quelque temps tant soit peu mystérieux. Mais ils étaient vraisemblablement nécessités par des affaires de famille qui ne la regardaient pas et auxquelles se rattachait sans doute l'apparition de ce notaire qui l'avait si fort effrayée.