En revanche, elle n'avait jamais ou presque jamais fait allusion à sa mère. Il y avait là un point noir qu'il résolut d'éclaircir ; car, pour lui comme pour son oncle, cette tache originelle n'eût été qu'un impedimentum secondaire. Il lui eût, au contraire, su encore plus de gré de la rectitude de sa conduite.

Un soir donc, comme pour ne pas laisser tomber la causerie, il lui posa cette question :

— Est-ce que votre père était dévot?

— Oh! répondit-elle sans défiance, pas du tout. Il détestait les prêtres. Ce qu'il a eu de scènes parce qu'on voulait me faire faire ma première communion!

— Des scènes, avec qui?

— Eh bien! avec… maman, dit-elle, non sans quelque embarras ; car le nom seul de sa mère évoquait pour elle le fantôme de Marsouillac.

— Alors, poursuivit Albert, ils se sont sans doute mariés civilement?

— Papa y tenait, expliqua-t-elle ; mais il paraît que maman a dit qu'elle ne se marierait plutôt pas. Alors, il a cédé. Il était si bon!

— Ce qui ne l'a pas empêché de se marier civilement tout de même, insista le jeune homme. Vous savez bien qu'en France le mariage religieux ne compte pas et que si l'on n'a pas passé par la mairie, il n'y a rien de fait.

Cette explication ne tenait pas debout, l'Église n'ayant le droit d'enregistrer que les mariages déjà consacrés par l'officier de l'état civil. Mais Albert s'y prenait comme il pouvait pour obtenir des aveux.