— Plus du tout!
— Vous êtes bien sûre maintenant que j'étais sincère?
— Sans cela, est-ce que je serais ici comme ça, tout près de vous? répondit-elle, en se câlinant contre lui et mêlant ses cheveux bruns à ses cheveux blonds.
— Alors, dit-il, après l'avoir presque attirée sur ses genoux, vous consentez à être à moi?
— Oui!
Elle attendait ce mot : « vous consentez à être à moi », et la netteté de sa réponse prononcée à travers les baisers dont il la saturait lui paraissait le prélude immédiat de sa défaite voulue. Elle fut donc des plus surprises de voir Albert, après une dernière et plus convulsive étreinte, se lever brusquement et courir comme un fou à la chambre du malade, à qui il cria avant même d'avoir ouvert la porte :
— Mon oncle! Elle a dit : oui! Elle veut bien être ma femme, ah! que je suis heureux!
— Emmeline, mon enfant!… ma chère nièce! Venez m'embrasser… ah! je savais bien que vous ne nous feriez pas mourir de chagrin tous les deux, dit le vieillard tout secoué par l'annonce de ce grand événement.
Emmeline s'aperçut qu'elle était prise. Les avances qu'elle avait faites à Albert, il les avait acceptées comme un acquiescement définitif à ce mariage, auquel elle s'était si longtemps dérobée. Il avait cru qu'elle ne livrait d'elle que son cœur et sa main et il avait loyalement remis le reste après la cérémonie. Elle se résignait à faire de lui son amant et elle venait d'en faire son mari.
Il était pourtant difficile à Emmeline d'expliquer à Albert qu'il y avait maldonne et que si le oui par elle prononcé comptait pour l'amour, il ne comptait pas pour le mariage.