— Et, poursuivit Gustave, s'enfonçant dans son calcul, croyez-vous qu'un travail comme celui-là se fasse pour des prunes? Est-ce que par hasard, ma petite, tu te serais mis dans le coco que je vais risquer les assises pour tes beaux yeux?

— Mais je vous payerais, oh! je vous payerais! se récria-t-elle, sans s'offusquer du tutoiement de l'artiste en faux.

— Tu me payerais? Avec quoi?

— Eh bien! avec de l'argent donc. Un de mes oncles, qui a hérité aussi, m'en a remis un peu, à compte sur ce qui doit me revenir.

— Combien?

— D'abord, combien demanderiez-vous?

— Pas moins d'un billet de cinq.

— Cinq cents francs. C'est convenu. Quand me donnerez-vous le papier?

Gustave fut surpris de tant d'ignorance! Mais, pour fabriquer l'acte de décès, il était indispensable d'avoir l'acte de naissance. Et quand elle le lui aurait remis, qui lui prouverait que, la besogne terminée, elle lui verserait les cinq cents francs. Il fallait au moins fournir des arrhes. Deux cents francs tout de suite et trois cents francs après.

— C'est cela, ratifia Emmeline, prête à toutes les promesses et à toutes les concessions. Donnez-moi votre adresse. Je vous enverrai sous enveloppe, par la poste, les deux billets de cent francs et l'acte de naissance de maman. De plus, je vous indiquerai sous quel nom vous m'enverrez l'autre acte à un bureau de poste restante que je marquerai dans ma lettre. Tout sera, du reste, expliqué d'un bout à l'autre. Vous n'aurez qu'à suivre mes renseignements. Voyons! quand serez-vous prêt?