Gratianus episcopus Telonensis missus à B. Cleto successore divi Petri. Multi allucinantur: putant enim fuisse episcopum Turonensem. Tolonum enim est civitas propè Massiliam. Primus, évêque de Châlons, dans son martyrologe en parlant du même Gratien, dit: Tauroentium narbonensis Galliæ civitas propè Massilimam; hìc Gratianus discipulus sancti Cleti ... migrat. Le martyrologe gallican emploie les mêmes expressions: sic Cleti papæ et martyris, Petri cooperatoris et successoris, Gratianus discipulus apud Tolonium in provinciâ. Le rapprochement de ces citations ne nous prouve-t-il pas d'une manière satisfaisante que Toulon est un même lieu que Tauroentum? Gratien II, que j'ai dit plus haut avoir été massacré à Tauroentum, est compté par Antoine du Blanc, prévôt de la cathédrale de Toulon et homme d'une très-grande érudition, parmi les évêques de cette ville.
Séries épisc. Tolon. Paris. anno 1621
Voici ses expressions; Huic successit Gratianus tempore Zenonis imperatoris scripsit in genesim. Les auteurs anciens, loin d'être contraires à notre opinion, la favorisent dont: et la fortifient.
Plin. hist. mundi.
Si parmi les anciens nous interrogeons ceux qui se sont plus particulièrement attachés à la géographie, tels que: Apollodore, Strabon, Ammien d'Héraclée, Jules-César et autres, nous ne trouvons dans leurs écrits rien qui puisse favoriser l'opinion de M.r P. Tous ces géographes ne nous ont laissé sur la partie littorale de Marseille à Nice qu'un aride catalogue des lieux les plus importans ne nous donnant aucun détail sur leur véritable position, comme dit Pline: locorum nuda nomina. Aussi cette contrée est sans contredit celle dont on connaît le moins et les peuples qui l'ont habitée et le nom et la place des cités nombreuses qui bordaient la côte. Ces villes étaient, par leur position, plus souvent exposées aux fréquentes incursions des barbares, que celles qui étaient dans l'intérieur des terres. Aussi les révolutions qui s'y sont opérées, ont dû leur apporter de plus grands changemens, de telle manière que Danville regarde comme impossible de fixer avec exactitude la correspondance des noms anciens avec les noms modernes. M. P. ne peut donc s'appuyer sur les géographes anciens.
Sera-t-il plus heureux en invoquant en sa faveur les modernes? Je ne le pense pas.
La divergence des géographes modernes nous laisse dans la plus grande incertitude sur le nom et l'emplacement des villes de la côte. Danville place Alconis à Aigue-bonne, Papon à Cavallaire. Quelques géographes placent Olbia à Eoubes, d'autres à Hières, etc. Citharista a été mis successivement à Ceireste, à Toulon, dernièrement on l'a cru à la Ciotat, quoi qu'il ne soit fait mention de ce bourg pour la première fois que dans le 16.e siècle. Et combien de villes encore, dont on ne soupçonne pas même le gissement!
A l'aide de données plus certaines sur Telo Martius, les géographes modernes l'auraient-ils fixé unanimement à Toulon? Point du tout. L'opinion contraire compte des hommes du plus grand mérite: Papire Masson, J. Raymond Soleri, le P. E. Isnard, Sanson, d'Ablancourt, César Nostradamus, Wosseling et autres pensent que le nom de Taurentum convient à Toulon et par là ils rejettent celui de Telo Martius. Le P. Hardouin, Pigagnol de la Force etc. croient que Toulon est le portus citharista. L'accord des géographes modernes sur le nom primitif de Toulon n'est donc pas plus unanime que celui des anciens.
La conclusion la plus naturelle de ce doute ou de cette incertitude, est d'avouer que, puisque les monumens des auteurs anciens ne nous suffisent point pour déterminer où était Tauroentum, le moyen le plus sûr pour parvenir à un certain degré de probabilité, est de consulter les traditions anciennes du pays, qui sont dans ce cas, infiniment précieuses: car en supposant les faits altérés, le nom du lieu où ils se sont passés, n'a pu être dénaturé au point de devenir méconnaissable. En conséquence l'opinion de Raymond de Souliers, du P. Isnard et autres, qui est appuyée sur une semblable tradition, favorisée encore par divers auteurs anciens, forme une autorité capable de renverser celle de tous ceux qui, loin de cette ville, voudraient en pénétrer les premiers âges. Il est donc plus conforme aux règles d'une sage critique de placer Toulon à Tauroentum, qu'à Telo Martius.
Pour nous convaincre que le nom de Tauroentum ne peut convenir à Toulon, M.r P. nous donne le récit des ruines vénérables qui couvrent la plage des Lèques, «Si à ces preuves, dit-il, on ajoute que ce lieu porte encore aujourd'hui le nom de Tarento, pourra-t-il rester quelque incertitude?»