Dict. hist. soc. de gens de lettres.

Suivons l'auteur de la notice: «à l'opinion que je viens de combattre (c.a.d. que Toulon n'est pas Tauroentum) se rattache une tradition chère à quelques personnes plus pieuses qu'éclairées.» Lorsqu'on saura que cette tradition est celle de l'arrivée de Lazare, Maximin, Clèon et autres, on soupçonnera ce jugement d'être un peu hasardé et même trop bref et trop décisif. Jusqu'à ce jour ceux qui avaient mis en doute cet évènement avaient respecté le nombre et le mérite de ses defenseurs. Hégésipe, Democarès, Gélase, Baronius, Génébrad, Antoine du Blanc, André de Saussay, auteur du Martyrologe Gallican, Guesnay etc. étaient de ce sentiment. N'est-ce pas être un peu trop sévère que d'appeler ces écrivains respectables, des hommes plus pieux qu'éclairés? L'autorité des Martyrologes Romain et Gallican ne mérite-t-elle pas quelque considération? L'adhésion que l'église générale a donnée au brévière romain dans plusieurs époques, notamment la bulle de Pie V qui dit, qu'on en a retranché tout ce qui était faux ou incertain, Remotis his quæ aliena et incerta sunt, n'imprime-t-elle pas quelque force à cette croyance et un certain respect qui ne permet pas de traiter si légèrement ses défenseurs? Avec quelle autorité M. P. vient-il la renverser? Avec celle de Dulaunoy qu'il nomme à la vérité savant et judicieux. L'opinion contraire ne compte-t-elle pas aussi des hommes d'un mérite au moins égal? Les auteurs de la vie de Dulaunoy le regardent comme un homme qui avait, il est vrai, de vastes connaissances, mais dont les raisonnemens ne sont pas toujours justes. Est-ce à cause de son opinion qu'on le regarderait comme judicieux? Mais son caractère original et la nature des conférences qu'il tenait chez lui doivent nous mettre en garde contre ses décisions. Il était si bien connu de ses contemporains, qu'ils le surnommèrent, le dénicheur des saints. Le curé de S.t Roch disait à son égard: je lui fais toujours de profondes révérences de peur qu'il ne m'ôte mon S.t Roch. Le parlement d'Aix ordonna par arrêt de 1644 la suppression de son écrit qui combattait l'arrivée de S.t Maximin. Je pense donc qu'on ne regardera pas l'arrêt de Dulaunoy comme sans appel.

L'auteur des Recherches sur l'origine de Toulon passe à d'autres considérations: je pense, dit-il, que cette ville est du moyen âge, parce qu'elle ne présente sur son sol et celui de ses environs aucun monument antique. La raison est spécieuse, il faut en convertir; mais enfin elle n'est que négative, ainsi elle ne prouvera jamais rien, elle ne pourrait tout au plus que devenir un préjugé en faveur de l'opinion contraire à la nôtre.

Examinons néanmoins si Toulon ne présente point de monumens antiques et si lors même qu'on n'en trouverait aucun, l'on pourrait en conclure qu'il est moderne.

Nous partagerons les monumens en trois classes; édifices, médailles, inscriptions.

Toulon ne peut offrir à notre admiration des tours, des arcs de triomphe, des cirques, des temples etc. qui, en nous garantissant son antiquité, nous fassent connaître le goût des beaux-arts dans cette ville. Rien n'a pu échapper à l'empire du temps et aux révolutions nombreuses dont elle a été le théâtre. Et même on ne peut que difficilement concevoir les maux affreux qu'elle a éprouvés jusqu'au règne de Henri IV. Lorsque, par les soins de ce prince, Toulon eût été mis en état de se garantir des incursions soudaines des Sarrasins, on l'agrandit; des quartiers entiers furent rasés pour l'embellir ou le défendre, d'autres coupés pour l'alignement, de sorte qu'il ne nous reste presque rien de l'ancienne ville et toutes les rues ont éprouvé de tels changemens qu'on y trouverait peu de maisons qui pussent offrir 4 ou 5 siècles d'antiquité. Que reste-t-il à Marseille, elle-même, cette bien-aimée des Grecs et des Romains, de tous les édifices dont ils ne manquèrent pas sans doute de l'embellir? Rien. La tradition vient suppléer à notre perte et nous donne la garantie qu'il existait dans Toulon plusieurs édifices qui ne pouvaient avoir été construits qu'avant le 1.r siècle.

Grand rep.

Les archives de la ville font mention de divers temples érigés à des divinités du paganisme. Il y en avait un consacré à Apollon qui nous est connu par trois passages des archives, les deux premiers peuvent moins supporter les assauts d'une critique rigoureuse. C'est pourquoi je ne présenterai que le dernier qui est recueilli dans un siècle où nos archives commencent à prendre beaucoup d'ordre et de suite. Je le cite tout entier parcequ'il vaut à lui seul de longues preuves. «Une armée turque ayant fait descente au port dit des Troyens au rivage de la Coubué ou de l'Eigoutier, sortit sur les neuf heures du soir dans le mois d'août 1225, vint donner l'alarme du côté du palais des Romains, tandis que les vaisseaux à la faveur de la nuit avaient approché de la ville et mis du monde à terre du côté de la porte des Idoles d'Apollon. N'ayant point trouvé de résistance, ils se rendirent maîtres de la place sur les minuit, et il n'y eut que ceux qui se trouvèrent dans le palais des Romains, dans la tour des Phocéens et celle de S.t Vincent qui furent sauvés.» Or puisque la tradition est un flambeau qui répand sa clarté jusques dans les âges les plus reculés, le seul passage précité, ne nous donne-t-il pas des conclusions très-favorables sur l'existence de Toulon avant le 2.e siècle? Je m'abstiens donc de leur donner un plus grand développement, chacun est capable de les apprécier. Ce qui est encore digne de remarque, c'est que toutes mes recherches, loin de me détromper sur l'existence des lieux que je viens de nommer, n'ont fait qu'accroître ma conviction. Il est dit encore dans les archives que l'ancienne église de S.t Vincent fût élevée sur les ruines d'un temple consacré aux idoles romaines, ainsi que le palais Royal de la ville, qui était occupé par le Gouverneur, et qui depuis a été remis aux Pères Dominicains; mais je n'ai pas de preuves assez victorieuses pour en garantir la tradition d'une manière aussi satisfaisante.

L'inscription se trouve en caractères gothiques, nous la rapportons en caractères ordinaires parce qu'il nous importe seulement d'en connaître la teneur.

QUI TUMULUM CERNIT CUR NON MORTALIA SPERNIT. S. ANNO INCARNATIONIS DNI. MILLO CCXXX NONO NONAS JULII OBIIT DNS GAUFRIDETUS DNS. TRITIS ET TOLONI IN PACE EJUS AIA. REQUIESCAT. ITEM. OBIIT DNA. GUILLELMA UXOR DNI. GAUFRIDETI. ANNO DNI. ANNO CC TRIGESIMO CARTO X. K. SEPTEMBRIS OBIIT DNS. GISBERTUS DE BAUCIS. SIT NOT. CUIS QUOD DNA. SIBILIA FECIT FIERI HOCC SEPULCRUM AVE MA.