L'existence du temple du dieu Ammon tout extraordinaire qu'il paraisse d'abord est mieux constatée:

Arch. grand rep.

«En 1181, le Comte Raimond fit entièrement détruire les restes de ce temple, parce qu'il était trop rapproché des fortifications, et il fit élever à côté une tour qu'on nomma la Tour d'Ammon

Arch. com.

Valere. max.

En 1232 plusieurs citoyens s'étant rendus coupables d'un homicide sacrilège, par arrêt du Gouverneur, furent pendus aux arbres qui étaient à la place du Dieu Ammon. Enfin en 1621 par convention entre la Communauté de Toulon et l'hospice S.t Esprit, la Communauté céda, en payement de 2988 fr. qu'elle devait à l'hôpital, la faculté de construire une hâle à la place du Portal Ammon, avec droit de mesurage. Bien des faits historiques généralement accrédités reposent sur des preuves moins certaines. Le culte d'un pareil dieu étonne sans doute, mais la surprise cesse quand on fait attention à la diversité des peuples qui ont successivement relevé cette ville de ses ruines, et qui naturellement ont dû y introduire avec eux leurs principales divinités. Je présume que le culte d'Ammon nous venait des Egyptiens, chez lesquels ce dieu était particulièrement honoré et avec lesquels plusieurs villes des environs de Marseille avaient des cérémonies religieuses communes. Voyez Papon, tome 1., page 409, et Bouche, tome 1. page 108. Il est donc vrai de dire que, quoique aucun des édifices antiques ne subsiste, on ne peut point en conclure que l'origine de Toulon date des siècles voisins du nôtre.

Pourrait-on le conclure avec plus de vraisemblance de la petite quantité de médailles que l'on rencontre sur son sol? Non. Parce que les révolutions arrivées sur notre territoire ont mis de grands obstacles à trouver les objets qu'il peut récéler. Il suffit d'examiner les hautes montagnes qui entourent la ville: elles sont devenues entièrement chauves par les longs services qu'elles ont rendus aux habitans dans la suite des siècles qui nous ont précédés. Lorsque les mélèses qui les courraient eurent été arrachés, la vigne et l'olivier les remplacèrent. Bien des siècles ont dû s'écouler avant que ces montagnes aient pu prendre cet aspect hideux qu'elles offrent aujourd'hui; elles ne sont plus qu'un aride rocher incapable d'ouvrir son sein à toute végétation. Rien ne s'anéantit dans la nature. Que sont devenues les terres immenses qui les recouvraient? La plaine les a reçues et avec elles une grande quantité de petites pierres, qui ont formé un nouveau terrain sur l'ancien composé de brèches ou de poudingues, de sorte que le sol primitif a été entièrement caché par le second qui présente les plus grands obstacles. Je puis confirmer ce que j'avance par l'observation. Les objets antiques, tels que tombeaux, vases, etc. dont je parlerai plus bas n'ont été trouvés au pied de ces montagnes qu'à plus d'une toise de profondeur au dessous de la terre végétale, dans le déblais de la grande route d'Italie.

Malgré ces difficultés, peut-on assurer que le territoire de Toulon n'offre pas de médailles? On ne peut point l'assurer: et lors même qu'on le pourrait, une pareille assertion ne prouverait rien.

Mem. Taur.

D'abord, on ne peut assurer que le terroir de Toulon ne présente point de médailles. Il est vrai que de nos jours on n'en exhume plus de fréquens amas, comme il arrive dans les ruines isolées et dont on n'a jamais remué les cendres antiques, ainsi qu'on le voit encore aujourd'hui dans plusieurs villes de la Grèce. Le siècle dernier nous en offre aussi un exemple bien frappant. Marin nous dit que lorsqu'on eut découvert les ruines qui sont aux Lèques, on y trouva une quantité si prodigieuse de médailles, qu'un seul particulier en possédait un sac, tandis qu'il faut à présent faire beaucoup de recherches pour en trouver une seule: mais enfin dans Toulon, elles ne sont point aussi rares qu'on pourrait le présumer. Plusieurs agriculteurs, avec lesquels j'ai eu des rapports, m'ont assuré en avoir trouvé dans des vases de terre, qu'ils les avaient données à leurs enfans, parce qu'ils n'en fesaient nul cas. Dans ma jeunesse, on en trouva plusieurs dans ma propriété; elles étaient si fortement adhérentes, qu'on ne put les détacher qu'à coup de marteau. C'est dans le même lieu qu'en 1817 je trouvai un Tibère, un Galba, un Vespasien bien conservés. Prétendra-t-on que les médailles éparses ne prouvent rien en faveur de l'antiquité de cette ville? Cela pourrait être vrai, si l'on n'en trouvait que rarement; mais pour nous donner une juste idée de la quantité prodigieuse de médailles que le sol de Toulon renferme encore dans son sein, quoique le nombre diminue chaque jour, il ne faut que consulter les marchands, chez lesquels le petit peuple, qui fait une partie des travaux de la compagne, vient acheter les objets les plus nécessaires à la vie. On est surpris de la quantité des médailles qu'il introduit dans la monnoie surtout en hiver. Nos bassins d'église, que l'on passe aux premières messes, nous en offrent aussi beaucoup.[1] Retirées du commerce par des personnes plus délicates, elles sont vendues aux fondeurs de cuivre, entre les mains desquels j'en ai rencontré des tas de douze à quinze livres qui allaient être jetées dans le creuset. Il faut encore considérer que les médailles des deux premiers siècles y sont les plus communes. Avec de pareilles données, si l'on se rapproche des âges, où nos pères firent les premiers défrichemens pour planter la vigne et l'olivier, ne conçoit-on pas qu'ils ont dû en trouver une quantité incalculable, puisque après tant de siècles et de bouleversemens il n'est pas rare d'en rencontrer encore? Ce qui étonne, c'est que dans l'étroite circonscription du terroir et avec la culture annuelle de nos terres, il s'en présente encore une seule. Pourquoi nos anciens ne nous ont-ils pas conservé le souvenir des précieuses découvertes qu'ils firent en ce genre? Ils furent trop peu amateurs des beaux-arts. Dans ces trouvailles ils appréciaient bien plus la matière, que les avantages que les lettres en pouvaient retirer. Fortuitement j'appris il y a quelques mois une découverte de cette nature fort-intéressante: je l'ai reçueillie de la bouche même de M. Morel, ancien directeur des chemins. En faisant en 1784 le déblais pour construire la route d'Italie, il trouva environ 160 tombeaux qui presque tous renfermaient des lampes, des vases, des urnes, et une ou deux médailles qu'il garda avec soin; la maison de M.r Morel, possesseur de ces divers monumens, ayant été dévastée dans le vendalisme révolutionnaire de 1793, ces monumens précieux furent brisés ou dispersés ainsi que les papiers qui renfermaient des notes sur ces objets intéressans, devenus pour nous comme n'ayant jamais été. Cette dernière perte ajoute à la douleur de ne point connaître les belles découvertes que nos pères durent faire et qui sont aussi perdues à jamais pour les générations futures.