C'est donc avec raison, que j'ai pu assurer que le nombre de médailles que les environs de Toulon nous offrent, n'est point fort petit, et que quand il le serait, on ne pourrait pas en conclure que cette ville est moderne.
Si Toulon cache son origine sous les voiles d'une haute antiquité, on devrait, dira-t-on, y voir du moins des inscriptions, si fréquentes à Arles, Aix, Marseille etc. Ces monumens par la grosseur de leur volume semblent promettre, mieux que les médailles, de parvenir à la postérité.
Je pense qu'il a dû s'en trouver dans les diverses réédifications de la ville; mais je ne suis nullement surpris qu'on n'en rencontre plus. Le génie du malheur semblait planer continuellement sur Toulon, et nos pères étaient bien plus occupés à défendre leurs foyers qu'à cultiver les sciences. Exiger d'eux qu'ils aient conservé des inscriptions, c'est vouloir leur attribuer plus de connaissances qu'ils n'en avaient. Rencontraient-ils des pierres tumulaires ou autres, elles avaient le sort commun des pierres brutes et elles trouvaient leur place à la première bâtisse. Une seule a échappé à la destruction générale, encore est-elle du moyen âge. Elle a dû sa conservation à l'ancienne tour de l'horloge (tour des Phocéens) à laquelle elle était adossée. La voici telle qu'on la voit; encore sur la façade extérieure de cette tour devenue la chapelle des fonts baptismaux de l'église S.te Marie.
Plusieurs Comtes de Toulon et autres personnages remarquables s'étaient fait élever de superbes tombeaux dans la même église. Que sont devenus les marbres qui les décoraient et qui, en nous transmettant des faits ou des noms précieux à l'histoire, auraient fait connaître en même temps les progrès des beaux-arts pendant cette période de siècles? Hélas! ils ne sont plus. Ceux qui existent encore sont destinés à servir de marche à la chapelle de S.t Joseph de cette paroisse. Les restes de sculpture que l'on apperçoit sur une des faces nous indiquent seuls leur première destination. Chacun peut s'en convaincre à la première inspection. Peut-on en conséquence raisonnablement exiger que nos pères aient eu la pensée de nous transmettre des pierres qui n'auraient porté que quelques caractères barbares? N'avons-nous pas vu un vendalisme au moins semblable se renouveler de nos jours dans Toulon, lorsqu'on a détruit le monastère des Dominicains appelé le grand Couvent? Que d'inscriptions précieuses qui ornaient le pavé de son église ont été brisées ou perdues! Que sont devenues les épitaphes qui couvraient les cendres de plusieurs de nos évêques? Que sont devenues les inscriptions de Pierre de Marville, de Thomas Jacomel et autres prélats qui ayant appartenu à ce monastère avaient voulu y être inhumés? Elles ont été enveloppées dans un même sort. Or si dans le 19.e siècle qui revendique seul le droit d'avoir des lumières, dans ce siècle qui se dit l'ami et le protecteur des lettres, on a ainsi traité ces respectables et précieux monumens, que pouvons-nous reprocher à nos pères, qu'on se plaît à nous dépeindre comme plongés dans la plus grossière ignorance?
Quoique Toulon n'offre point d'inscriptions antiques, on ne peut donc pas en conclure qu'elle n'est pas ancienne.
L'auteur des Recherches sur l'Origine de Toulon, sentant toute la force de l'objection que peut faire contre son hypothèse tout homme qui connaît la localité, s'adresse à lui-même cette demande: Comment a-t-il pu arriver que les Celtes et les Liguriens, peuples navigateurs et commerçans, aient méconnu les avantages et la position de Toulon, qu'ils n'aient pas été portés à s'y fixer par la douceur du climat, la sureté de son port et de ses rades, la beauté de ses eaux et les ressources qu'offre son terroir? Il répond:
«Que l'espace qu'occupe aujourd'hui la ville était un marais et que cette plage infecte, resserrée entre la mer et de hautes montagnes étaient peu propre à inviter les étrangers ou les naturels à s'y établir.... On en trouve la preuve dans les terrains qui avoisinent la ville tant du côté de l'Est que celui de l'Ouest.»
Une pareille réplique est séduisante; mais examinons si elle est vraisemblable. Des marais pouvaient-ils être un obstacle à l'établissement d'une ville dans ces siècles reculés? Par la connaissance que j'ai acquise de la localité, les marais de Toulon ne pouvaient occuper que peu d'espace; mais ce léger inconvénient était racheté par des avantages infiniment précieux, qui ne pouvaient être méconnus par les naturels du pays voisin et ne pas s'offrir au premier aspect de tant d'avanturiers qui cherchaient un asile dans notre climat. Marseille, les Lèques etc. avaient de très-vastes marais, dont la place a conservé le souvenir dans le nom de la Palud qui lui a été donné. Ils n'empêchèrent pas néanmoins qu'on s'y établit dans une très-haute antiquité. Pourquoi auraient-ils été un si grand obstacle pour les déterminer à se fixer à Toulon? Approfondissons mieux la question.
Est-il bien vrai que l'espace qu'occupe aujourd'hui la ville était un marais et que la plage fut infecte, on ne peut soutenir une pareille assertion.
Registre du Lavad.