«Lorsqu'il partit pour sa mission, il alla séjourner quelque temps parmi les Turcs, puis revint vers moi.

«Je lui demandai alors des nouvelles de la lettre que j'avais envoyée par son entremise à la reine d'Angleterre. Il me répondit qu'il n'avait aucune connaissance de cette lettre. Qu'ai-je fait, je vous le demande, pour qu'ils me haïssent et me traitent de la sorte? Par le pouvoir de Dieu, mon Créateur, je garde le silence.»

Sur ces entrefaites, le steamer Victoria arriva à Massowah le 23 juillet; nous n'avions encore reçu aucune lettre du consul Cameron ni des autres captifs. Par le Victoria nous fûmes informés que M. Rassam était rappelé et que M. Palgrave le remplaçait. Mais les choses avaient soudainement changé et M. Rassam ne pouvait qu'en référer au gouvernement pour de nouvelles instructions. Nous partîmes alors pour l'Egypte, où nous arrivâmes le 5 septembre.

Par l'intermédiaire du consul général de Sa Majesté, le gouvernement avait appris que nous avions reçu une lettre de Théodoros, nous accordant la permission d'entrer en Abyssinie; que la lettre manquait de courtoisie et n'était pas signée; que le consul Cameron avait été mis en liberté, et, bien que M. Cameron eût toujours insisté auprès de nous pour que nous ne partissions pas pour l'intérieur de l'Abyssinie sans un sauf-conduit, nous dûmes promptement partir, le gouvernement considérant la chose comme opportune. On donna ordre à M. Palgrave de rester et à M. Rassam, son compagnon, de partir; une certaine somme nous fut remise pour des présents; des lettres du gouverneur du Soudan furent obtenues; et les provisions et les objets nécessaires au voyage étant achetés, nous retournâmes à Massowah où nous arrivâmes le 25 septembre. Là nous apprîmes que des envoyés des prisonniers étaient arrivés; qu'ils avaient été pris par des soldats; et qu'ils avaient rapporté verbalement que, loin d'avoir été relâchés, les captifs avaient vu de nouvelles chaînes s'ajouter aux premières. Comme nous ne pouvions trouver personne pour nous accompagner à travers le désert du Soudan, (le climat en étant très-malsain à cette époque de l'année, nous étions an milieu d'octobre), nous pensâmes qu'il était convenable d'aller à Aden, afin d'obtenir des informations exactes sur les lettres des captifs ainsi que sur leur condition actuelle. Là nous tînmes conseil avec le représentant politique de ce poste sur la convenance de condescendre à la requête de l'empereur, vu l'aspect nouveau et tout différent sous lequel se présentaient les choses.

Quoique le capitaine Cameron, dans toutes ses premières lettres, eût constamment insisté auprès de nous pour nous engager à ne pas entrer en Abyssinie, toutefois dans le dernier billet reçu il nous suppliait de venir tout de suite; que si nous condescendions à ce désir nous aurions la preuve des grands périls que couraient les prisonniers. Le résident politique alors, prenant en considération le dernier appel du capitaine Cameron à M. Rassam, consentit à la demande de Théodoros et nous engagea à partir, espérant un bon résultat de ce voyage.

Après un court séjour à Aden, nous entrâmes encore à Massowah, et le plus promptement possible, nous fîmes nos arrangements pour le long voyage que nous avions en perspective. Malheureusement le choléra venait de faire son apparition, les indigènes n'étaient pas disposés à traverser les plaines de Braka et de Taka, à cause de la fièvre pernicieuse, jamais aussi mortelle qu'à cette époque de l'année, et il fallut requérir toute l'influence des autorités locales pour assurer notre prompt départ.

Notes:

[9]Peu de temps avant notre départ pour l'intérieur de l'Abyssinie, plusieurs échantillons de ces eaux avaient été recueillis et envoyés à Bombay pour être analysés.

[10] Ces eaux out été envoyées à Bombay en novembre 1864.

[11] 78°, 34 centigrades.