Et grand-père m'abandonna:

—Reprends-le. Reprends-le.

On disposait de moi sans me consulter. Mais il ne put se tenir d'ajouter, en manière de défi:

—Reprends-le si tu peux.

—Il ne faut pas l'écarter de Dieu, dit simplement ma mère qui se rappelait notre messe manquée.

Et, comprenant que je n'étais pas à ma place, elle me poussa vers eux comme un gage de réconciliation avec ces mots:

—Embrasse-les et descends vers tante Dine.

J'obéis. On m'accola négligemment ou à contre-coeur, et je m'élançai dans l'escalier, sans savoir comment le rapprochement s'opéra. Je pensais à Nazzarena qui partait. Un peu plus tard on m'appela dans le jardin, mais je ne répondis pas.

Je courus jusqu'à la châtaigneraie qui bordait le domaine et je grimpai sur le mur, à côté de la brèche qu'un des arbres avait jadis ouverte rien que par la poussée de ses racines, et qu'on avait fermée par une grille. De là, je dominais la route d'Italie. Il ne me restait plus que cette chance: la troupe du cirque passerait-elle par là? J'attendis assez longtemps, et ce ne fut pas en vain.

Les voici, les voici. D'abord les voitures qui portent la tente et les bancs et tous les accessoires. Quels tristes chevaux les traînent! Je cherche le coursier noir de Nazzarena, mais il ne se distingue pas des autres haridelles. Puis ce sont les roulottes habitées. L'une ou l'autre de leurs minces cheminées fume: on prépare le dîner pour la route qui sera longue. Sur un balcon d'arrière, à côté de la perruche que je connais bien, une vieille peigne les cheveux noirs d'une fillette. Je cherche, je cherche de tous mes yeux les cheveux blonds de mon amie.