—Pourras-tu partir? demandait Etienne à sa soeur. On est si bien ici.
Moi, il y a des jours où je ne sais plus.
Et Mélanie, les yeux illuminés, répliquait:
—Il le faut bien, puisque Dieu m'appelle.
Et presque gaiement elle achevait:
—Mais j'emporterai des mouchoirs, au moins une douzaine, parce que je sens bien que je verserai toutes les larmes de mon corps.
Pourquoi, mais pourquoi donc cette rage de s'en aller quand on se déclare si heureux à la maison? Et moi-même, pourquoi tant souffrir à l'avance de la quitter puisque je m'y découvrais incompris et délaissé et puisque j'avais résolu de partir?…
Un soir de la fin d'août, notre ami, l'abbé Heurtevent, vint nous voir avec une face de carême, si longue et si calamiteuse que nos attendîmes tous l'annonce d'une catastrophe. Ma mère en hâte nous compta:
—Monsieur l'abbé, que se passe-t-il, pour l'amour de Dieu?
—Ah! madame, Monseigneur est mort.
Je fus seul à croire, avec grand-père, au décès de son supérieur hiérarchique. Les autres ne s'y trompèrent pas et déplorèrent la perte du comte de Chambord que l'on savait malade de l'estomac depuis plusieurs jours, ou plutôt, au dire de notre abbé, empoisonné par des fraises. Tante Dine surtout manifesta un désespoir tumultueux, dont mes soeurs entreprirent de la consoler, et mon père prononça cette courte oraison funèbre qui me parut manquer de coeur: