Ma mère qui se trouvait un peu en arrière se rapprocha pour me poser la question même que je lui avais posée:

—Que dit-il?

Instinctivement j'esquissai un mouvement, comme pour lui expliquer que je ne savais pas au juste. Cependant j'avais bien entendu, et après un instant d'hésitation le sens de cette phrase cessa de me paraître mystérieux. Je pouvais y voir un témoignage de confiance dans le passé : mon père n'avait pas admis ma trahison, mon affranchissement, il était sûr que je lui reviendrais, il comptait sur moi. Mais dans sa forme d'outre-tombe elle signifiait bien autre chose dont je fus bouleversé: c'était la couronne royale de la famille que mon père tendait à ma faiblesse en m'invitant à la porter après lui, puisque je serais sur place son continuateur, son héritier. A cela je n'avais point pensé.

Ma mère comprit-elle l'émotion qui me courbait les épaules et me brisait? Elle m'assura que j'avais besoin d'une collation après ma longue course au grand air et m'accompagne jusqu'au seuil.

—Valentine, murmura le malade.

—Mon ami, je ne te quitte pas.

Et elle m'abandonna pour aller à lui.

Mais je ne sortis pas de la chambre, et j'assistai à un drame quasi muet, obscur en apparence et dont l'éloignement n'a fait qu'augmenter la clarté pour moi.

Mon père commença par cette invitation:

—Ecoute.