Il ne regardait personne à ce moment-là; ses yeux se fixaient au- dessus de lui, au plafond. Cependant il ne se pressait pas de parler: il se recueillait. J'étais dans une angoisse sans nom. Je devinais que ma présence l'avait ébranlé et qu'il rassemblait ses idées sur la destinée de la famille. Ce qu'il allait dire à ma mère, ce seraient ses dernières volontés sans nul doute. N'avais-je pas le droit de les entendre, puisque mon tour était venu?
Ma mère, aussi, l'avait deviné peut-être. Elle se tenait au bord du lit, penchée, et le drap qui pendait, où son genou s'appuyait, remuait un peu. Je suis sûr de l'avoir vu remuer: était-ce ce genou qui tremblait? Et puis, je ne vis plus qu'un visage.
Mon père continuait de se taire. Je percevais la plainte monotone de la fontaine dans la cour. Ma mère, tendrement, le pressa:
—Mon ami, mon cher ami…
Il était en pleine lucidité. Il avait suivi lui-même la marche de son mal, il savait exactement où il en était.
Alors il parut sortir des pensées où il s'abîmait. Il tourna un peu la tête et regarda ma mère de ce regard un peu terrifiant, qui était trop profond.
—Valentine, répéta-t-il simplement.
—Tu avais quelque chose à me dire?
Avec une infinie douceur il murmura:
—Oh! non, Valentine, je n'ai rien à te dire.